Un jour, le laboureur, dans ces mêmes sillons
Où dorment les débris de tant de bataillons,
Heurtant avec le soc leur antique dépouille,
Trouvera sous ses pas des dards rongés de rouille,
Entendra résonner les casques des héros,
Et d’un œil étonné contemplera leurs os.
C’était peu réjouissant pour les demoiselles du faubourg, qui allaient acheter manchettes, cols et foulards.
Tertio. A la Pèlerine. Magasin de mercerie, rue Saint-Honoré, nº 275, avec ces petits vers imités d’une chanson en vogue:
Allez au magasin
Faire un pèlerinage:
Une fillette sage
Sourit au pèlerin.
Enfin, Balzac avait découvert deux sages-femmes, outre la fillette sage de la Pèlerine, lesquelles osaient appliquer chacune deux vers à leur délicate profession. La première, qui ne se nommait pas sur son enseigne, demeurait rue Jean-Jacques-Rousseau, nº 23: cette enseigne représentait une belle accouchée et son accoucheuse très élégante et fort jeune; puis, le papa tout fier de sa progéniture, et le petit frère caressant le nouveau-né. La morale de cette scène intime est exprimée dans ces deux vers inscrits en tête du tableau:
Grâce à l’art, ô mon fils, enfin tu vois le jour;
Nos vœux sont exaucés, je dois bénir l’amour.
Chez la seconde sage-femme, Mᵐᵉ Vachée, rue de Buci, nº 2, on restait interdit devant une enseigne dont la description ne saurait être plus complète qu’elle l’est dans le Petit Dictionnaire de Balzac: «Cette dame, dit-il, voit s’échapper d’une machine qu’on ne peut mieux comparer qu’à un four, une nuée d’enfants habillés des costumes de différents états, et elle leur adresse ces vers:
Sortez, mes chers enfants, et d’une ardeur commune,
Par des chemins divers, courez à la Fortune.
«Dans le lointain, la déesse elle-même, un pied sur une roue, emblème de sa mobilité, semble inviter à la suivre la foule des jeunes mortels auxquels Mᵐᵉ Vachée vient de donner la lumière. Mais des juifs, des usuriers, des nymphes folâtres les séparent.» Nous avons donné plus haut (p. 292), le dessin à peu près semblable, d’une autre enseigne de sage-femme.
Une des dernières enseignes en vers qu’on ait vues à Paris était celle d’un tailleur, au coin de la rue d’Ulm et de la rue des Postes; mais nous ne savons pas si le peintre était venu en aide à la poésie, car nous n’en connaissons que ce quatrain, qui vaut tout un poème: