Cependant, de ce roi ami des bonnes ripostes pas un bon mot n'est resté. Il fut impopulaire comme Henri III, et comme lui il en porte la peine. Aux autres on prête de l'esprit; à ceux-là, on ne fait même pas honneur de celui qu'ils ont eu.

Ce que Richelieu dit dans son Testament politique[396], sur les plaisanteries des rois, plus cruelles dans leur bouche que dans toute autre, doit être à l'adresse de son maître. Ce sont de belles paroles, comme vous allez voir, et que Péréfixe a eu grand tort d'enlever au cardinal pour les prêter au Béarnais[397]. Le Diable à quatre, qui ne sut jamais retenir un bon mot contre personne, n'était pas d'humeur à se faire à lui-même cette grave leçon de silence:

[396] P. 199. On voit que, malgré Voltaire, je crois à ce livre, dont il ne cessa de combattre l'authenticité. J'ai pour moi La Bruyère, Foncemagne, le P. Griffet, qui me semblent en histoire d'aussi bonnes autorités que l'auteur de l'Essai sur les mœurs. Le P. Griffet, pour affirmer son témoignage, invoquait celui de Huet, qui avait vu le ms. dont on s'était servi pour l'impression, et que la nièce du cardinal, Mme d'Aiguillon, avait prêté. (Traité des différentes preuves..., 1770, in-8º, p. 102.)

[397] Hist. de Henri IV, Paris, 1681, in-8º, p. 54-55.

«Les coups d'épée se guérissent aisément, mais il n'en est pas de même de ceux de la langue, particulièrement de celle des rois, dont l'autorité rend les coups presque sans remède, s'il ne vient d'eux-mêmes. Plus une pierre est jetée de haut, plus elle fait d'impression où elle tombe.»

Louis XIII, d'après ce que nous a dit Méré, en aurait lancé beaucoup de cette sorte dans le jardin de ses amis; mais, encore une fois, personne ne les a ramassées.

Les seuls faits qu'on raconte de ce prince sont presque tous ridicules; les seuls mots qu'on répète de lui sont odieux. Par bonheur pour sa mémoire, il n'est pas bien difficile de prouver que les uns et les autres sont inventés. L'aventure du billet que Mlle de Hautefort cache dans son sein et que la main pudique du roi n'ose aller y prendre, est un conte fabriqué par l'auteur du mauvais livre: Intrigues galantes de la cour, dans lequel il se trouve pour la première fois.

L'anecdote du volant qui va se nicher à la même charmante place, et que le roi n'ose reprendre qu'avec des pincettes et en fermant les yeux, n'est pas certainement plus vraie[398]: c'est une invention du prédicateur qui, faisant l'oraison funèbre de Louis XIII, ne crut pouvoir trouver mieux pour exalter par un exemple la vertu la plus célèbre de ce chaste roi. On s'en est bien moqué dans le Segraisiana[399].

[398] Elle se trouve dans la Biogr. univers., 1re édit. t. XLI, p. 223-224.

[399] P. 174-175.