Ce sont là d'ailleurs, comme la grande affaire des dindons importés par les jésuites, selon les uns, ou, selon d'autres, naturalisés en France à une époque bien antérieure[392]; comme aussi la grave querelle relative aux bas de soie de Henri II[393]; ce sont là, dis-je, de petits faits accessoires, de petites discussions incidentes dont je ne puis m'occuper même en passant.
[392] V., à ce sujet, une très curieuse note de M. L. Dubois, Chansons d'Olivier Basselin, édit. Ad. Delahays, in-18, p. 33-34, et un article du Magasin pittor., 1835, p. 62.
[393] Mézeray a écrit (Abrégé chronologique, in-4º, p. 1388) que Henri II fut le premier qui porta des bas de soie aux noces de sa sœur, et depuis, je ne saurais dire combien d'Histoires, de Dictionnaires des origines, etc., ont répété la phrase. C'est cependant tout le contraire qu'il faut croire pour être dans la vérité, telle que nous la tenons d'un contemporain même, d'Olivier de Serres, qui certes devait la savoir. Il vient de parler d'Aurélien, qui ne voulut jamais «porter de robe de soie», et il ajoute: «Semblable modestie se remarque du roy Henry second, n'ayant jamais voulu porter de bas de soie encore que l'usage en fust jà receu en France.» (Théâtre d'agriculture, édit. François de Neufchâteau, in-4º, t. II, p. 107.)
Ce qui, pour moi, est une affaire bien autrement importante ici, c'est la Poule au pot du bon roi. En a-t-il parlé? l'a-t-il souhaitée sur la table du paysan chaque dimanche? Je n'en doute pas. Cette parole-là est un mot de son cœur, et j'y crois plus qu'à ceux de son esprit. On se la répétait aux règnes suivants, même chez les ministres, et il semble que Colbert s'était fait une loi de satisfaire au royal et paternel souhait. Le passage suivant d'une de ses lettres à l'intendant de Tours, Voisin de la Noiraye[394], n'est qu'une paraphrase du mot de Henri IV, son désir transformé en vague espérance. Colbert demande: «si les paysans commencent à estre bien vestus et bien logés, et s'ils pourront enfin se réjouir un peu, aux jours de feste et de noces». Je crains bien que la réponse de l'intendant n'ait pas été satisfaisante. La poule n'était pas encore au pot, bien qu'on la plumât depuis longtemps, comme disait la vieille épigramme.
[394] Correspondance administrat. de Louis XIV, à la date du 21 nov. 1670.
XXXIX
«Henry le Grand, dit le chevalier de Méré[395], trouvoit bon tout ce qu'on lui disoit de facétieux, et le feu roy (Louis XIII), qui se plaisoit assez à dire de bons mots, aimoit encore mieux que l'on se défendist agréablement.»
[395] Œuvres posthumes, p. 282.