[474] V. le Roman bourgeois, de Furetière, P. Jannet, 1855, biblioth. elzévirienne, p. 244, note.
[475] Le Roy de Gomberville, Discours sur les vertus et les vices de l'histoire, in-4º, p. 59.
Il eût voulu qu'au premier mensonge on brûlât le livre; il n'ajoute pas qu'au second il faudrait brûler l'auteur; mais je suis sûr que c'était sa pensée.
XLVII
Voltaire, dans sa lettre à Collini sur l'affaire de l'incendie du Palatinat, rappelée tout à l'heure, a dit avec beaucoup de sens: «Les historiens ne se font pas scrupule de faire parler leurs héros. Je n'approuve pas dans Tite-Live ce que j'aime dans Homère.»
C'est très bien pensé, très bien dit. Pourquoi donc alors Voltaire s'empresse-t-il de prêter lui-même à Louis XIV des mots que, s'il fût allé aux informations, il aurait bien su n'avoir pas été dits par ce roi? Pourquoi, par exemple, écrit-il avec un si bel aplomb, au chapitre XXVIII du Siècle de Louis XIV:
«Lorsque le duc d'Anjou partit pour aller régner en Espagne, il (le roi) lui dit, pour marquer l'union qui allait désormais joindre les deux nations: «Il n'y a plus de Pyrénées.»
Voltaire alors avait pourtant déjà dû lire le Journal de Dangeau, dont, sans qu'il l'ait avoué, le manuscrit lui fut si utile pour son Histoire[476]; il devait par conséquent savoir déjà la vérité sur cette parole, qui ne fut pas dite ainsi tout à fait, et qui surtout ne le fut point par Louis XIV. Puisque en ne prenant pas le mot tel que l'auteur de l'exact Journal l'a donné, il ne s'est pas soucié d'être vrai, nous allons, nous, l'être à sa place, et sans beaucoup de peine. Il nous suffira de nous parer de ce qu'il n'a pas voulu ramasser.