[483] Souvenirs de J.-J. Rousseau dans la Biblioth. univers. de Genève, janv. 1836, p. 89.

[484] V. à ce sujet, dans le Recueil des Lettres donné par M. de Cayrol, t. II, p. 117-118, ce qu'il écrivait le 7 septembre 1767, à M. de Chenevières, sur le mauvais effet produit en Europe par les livres de La Beaumelle, où se trouve ce que nous avons retrouvé depuis dans Saint-Simon: l'empoisonnement de Louvois par Louis XIV; l'entente secrète du duc de Bourgogne et du prince Eugène pour trahir la France, et «un tel coquin, dit-il, fait plus d'impression qu'on ne pense dans les pays étrangers. Il est cité par tous les compilateurs d'anecdotes, et la calomnie qui n'a pas été réfutée passe pour une vérité.»

[485] Ce sont les propres expressions de Lemontey, qui eut si souvent occasion de le prendre la main dans un mensonge ou dans une calomnie. (Hist. de la Régence, t. II, p. 398.)

[486] Lettre à M. de Noailles, du 28 juillet 1752.

Voltaire a souvent aussi évité les bourdes grossières dans lesquelles sont tombés ceux qui le suivirent et arrangèrent à leur tour ses récits arrangés.

Raconte-t-il la chaude journée de Fribourg, au chapitre III du Siècle de Louis XIV, il se garde bien d'écrire que M. le Prince, alors duc d'Enghien, jeta dans les retranchements son bâton de maréchal. Il savait trop bien que Condé, prince du sang, n'était pas, ne pouvait pas être, ne fut jamais maréchal de France. Il mit: «Le duc d'Enghien jeta son bâton de commandement, etc.» S'il eût dit: «jeta sa canne», il eût mieux fait encore, car il faut appeler les choses par leur nom, quel qu'il soit, et c'est en effet sa canne—il la portait partout, selon l'usage du temps—que Condé lança par-dessus les palissades ennemies. Voltaire en employant le vrai mot, aurait été dans la pleine vérité du fait, et il eût, en outre, sauvé d'une lourde erreur ceux qui vinrent après lui. Ils ne comprirent rien à ce bâton de commandement, et, pour simplifier la question, ils le métamorphosèrent en bâton de maréchal. Quant à en faire ce que c'était en effet, une canne très prosaïque, fi donc! ils n'y songèrent pas. Depuis lors, où n'a-t-on pas dit, où n'a-t-on pas imprimé, même officiellement, que le prince de Condé était maréchal de France?

Les fréquents anathèmes que Voltaire s'est permis contre les historiens qui font parler leurs héros, l'ont du moins souvent tenu en garde contre la même manie, et l'ont empêché de tomber dans un des ridicules d'invention les plus absurdes en histoire: le mensonge de la déclamation et de la harangue. Par exemple, il s'est bien abstenu de faire dire par le prince de Condé à ses soldats, avant la bataille de Lens, cette banalité héroïque tant répétée partout: «Souvenez-vous de Rocroy, de Fribourg et de Nordlingue[487]

[487] Lisez Nordlingen; de même que, parlant du combat naval de la Hogue, dites toujours la Hougue. V. le Magasin pittor., t. IX, p. 131.

Sa défiance pour ces harangues guerrières, pour ces discours préliminaires des batailles, semble même en cette occasion lui avoir trop fait dédaigner les véritables paroles qui furent dites par le prince; il ne les cite pas, bien qu'elles le méritassent plus qu'aucunes, comme vous allez en juger. C'est madame de Motteville[488] qui les rapporte:

[488] Mémoires, collection Petitot, 2e série, t. XXXVIII.