[499] C'était le 15 février 1669. Louis XIV avait figuré, dans le Ballet de Flore, son personnage favori du Soleil. «Le lendemain 16, il donna sa parole royale qu'il ne danserait plus», et il ne la démentit pas (C.-Blaze, Molière musicien, t. I, p. 398-399). L'on croyait qu'il avait reparu dans les Amants magnifiques, deux mois après la représentation de Britannicus, ce qui donnait un argument de plus contre le fait que nous réfutons ici; c'était une erreur. M. Bazin ne l'eût pas commise (Notes histor. sur la vie de Molière, 2e édit., p. 167), si, comme M. Deltour (Les Ennemis de Racine, p. 224), il s'en fût référé à la Gazette de Robinet, du 15 février 1670, où nous lisons, à propos de ce ballet ou comédie:
..... Nostre auguste sire
Fait danser et n'y danse point,
M'estant trompé dessus ce point,
Quand, sur un livre, j'allay mettre
Le contraire en mon autre lettre.
Dans la Gazette du 8 février, Robinet avait en effet désigné le roi parmi les acteurs du ballet; et cela—comme il le donne à entendre par ces mots: «sur un livre»,—cela, dis-je, d'après le livret manuscrit dont le texte fautif fut aussi suivi pour les Œuvres de Molière. De là vient que Louis XIV n'a pas cessé d'y figurer sur la liste des personnes qui parurent dans les Amants magnifiques.
Britannicus n'aurait pas eu, vous le voyez, beaucoup à faire pour détourner Louis XIV de reparaître sur le théâtre; il s'était, on peut le dire, corrigé avant la leçon.
Les vers de Racine n'eurent donc pas, à mon avis, d'influence sur sa résolution. Par contre aussi, pourrions-nous dire comme réfutation d'une autre erreur non moins accréditée, ce ne fut pas un mécontentement de Louis XIV qui causa la mort du poète. Il y avait eu entre Racine et le roi un peu de froid, mais qui n'avait pas duré, et dont le poète, tout sensible qu'il fût, n'avait pu s'affecter jusqu'à s'en laisser mourir de douleur[500].