«Cependant, ajoute, pour conclure, l'écrivain distingué auquel nous empruntons ce passage, et qui nous a guidé dans toute cette appréciation; cependant, par un contraste inexplicable, par l'esprit de contradiction le plus obstiné, il se trouve que les fils de ceux dont Louis XIV remplissait ses conseils le tiennent pour le représentant d'un état social dont ils abhorrent jusqu'au souvenir, tandis qu'il est devenu le modèle des princes et le type accompli de la royauté pour les gentilshommes, dont il avait abaissé l'importance jusqu'à le servir à sa table et à l'assister à sa toilette.»

A la fin du dernier siècle, Chamfort[524] trouvait beaucoup de justesse et de portée à ce mot de Voisenon[525]: «Henri IV fut un grand roi, Louis XIV fut le roi d'un beau règne.» Aujourd'hui l'on va plus loin: on trouve que Henri IV et Louis XIV furent deux grands rois. On confirme pour le dernier ce que Voltaire écrivait le 23 septembre 1752, à madame du Deffand: «C'était, avec ses défauts, un grand roi; son siècle est un très grand siècle.»

[524] Œuvres choisies, édit. A. Houssaye, p. 127.

[525] Œuvres, t. IV, p. 121.

Et du Régent, qu'en dirons-nous? Qu'il eut le tort de succéder trop gaiement à un règne trop grave, de trop détendre des affaires trop tendues. Lui et Dubois son ministre valurent mieux que leur réputation. Lemontey, qui n'était entré dans leur histoire qu'avec des intentions de critique, fut obligé de s'en départir en présence des faits qu'une étude sérieuse lui amena et qu'il eut la bonne foi de ne pas repousser. Pour lui, Dubois fut plutôt un travailleur qu'un débauché, un ambitieux plus qu'un corrompu[526].

[526] Lemontey, Histoire de la Régence, t. II, p. 87, note.

Quant au Régent, «ce fanfaron de crime[527]», il lui trouve une capacité des plus vastes, sans presque rien de futile, même dans les choses où on l'accuse de luxe frivole, comme l'achat du diamant qui garde son nom, et pour lequel il le justifie, en expliquant l'affaire par la politique. En payant deux millions, il acheta bien moins le diamant que Pitt son possesseur, et tout le parti que dirigeait à Londres ce beau-frère du ministre Stanhope[528].

[527] Le mot est de Louis XIV lui-même sur son neveu. «C'étoit, dit Saint-Simon qui le rapporte, tout surpris de ce grand coup de pinceau, c'étoit peindre M. le duc d'Orléans d'un seul trait, et dans la ressemblance la plus juste et la plus parfaite.» (Mém., édit. Hachette, in-12, t. VI, p. 268.)

[528] Lemontey, t. II, p. 108.—Il est curieux de rapprocher ce passage de Lemontey de celui de Saint-Simon sur le même objet, t. IX, p. 223. On y peut voir combien peu le dernier était vraiment au fait de ce qu'il raconte.

Ici, comme pour le reste de son administration, Lemontey ne trouve à reprocher au Régent que trop d'entraînement vers la politique anglaise, qui resta de tradition dans sa famille. Nous savons ce que fit Louis-Philippe, son arrière-petit-fils.