Mais revenons aux scènes de la Terreur.
Le mot de l'abbé Edgeworth à Louis XVI prêt à mourir: Fils de saint Louis, montez au ciel! est un mot prêté. C'est Charles His[602], rédacteur du journal le Républicain français, qui passa pour l'avoir inventé le soir de l'exécution[603].
[602] C'est le même qui se vanta d'avoir le premier, c'est-à-dire même avant la ville d'Orléans, qui lui en disputa l'honneur, demandé que la fille de Louis XVI, prisonnière au Temple, fût rendue à la liberté. Sous la Restauration, tant de royalisme méritait récompense: on parla d'anoblir l'ancien rédacteur du Républicain français. Le voyez-vous s'appelant Charles d'His, comme le roi! Il n'osa pas. Son fils, plus hardi, n'a pas, dit-on, reculé devant la particule, quoiqu'il eût le même prénom que son père, et que l'équivoque fût ainsi toujours possible.
[603] Charles de Lacretelle, dans son ouvrage Dix années d'épreuves, 1842, in-8º, p. 134, dit qu'il fut le premier à citer le mot dans le récit qu'il fit de l'exécution pour un journal, «alors presque le seul où respirât de l'intérêt pour l'auguste victime». Ce journal ne serait-il pas le Républicain français? et ne serait-ce pas pour cela que le mot fut attribué à Ch. His, qui, après sa sortie du Moniteur, avait fondé cette feuille où l'on combattait énergiquement les principes de la Terreur? J'ajouterai, et sur bonnes preuves, que Ch. de Lacretelle, moins discret dans l'intimité que dans son livre, se déclarait franchement l'auteur du mot. S'il l'avait cité le premier, comme le disent ses Dix années d'épreuves, c'est qu'il eût été impossible que personne le citât avant lui!
Il courut bientôt tout Paris[604]. Le pauvre abbé fut l'un des derniers à apprendre..... qu'il l'avait dit.
[604] A l'endroit déjà cité, Lacretelle dit que l'article où se trouvait le mot «fut généralement copié et traduit eu plusieurs langues». Il y eut toutefois des variantes. Ainsi, dans le nº 192 des Révolutions de Paris du 9 au 16 mars 1793, le mot est ainsi reproduit: «Allez, fils aîné de saint Louis, le ciel vous attend.»
Il fut souvent questionné à ce sujet. Le comte d'Allonville[605], l'ancien ministre marquis Bertrand de Molleville, qui en parle dans son Histoire de la Révolution[606], M. de Bausset[607], lord Hollande[608], trompés par le bruit public, lui demandèrent sérieusement s'il avait ou non prononcé cette belle parole, et à tous il répondit que la pensée en était certainement dans son cœur, mais que, troublé comme il l'était, il n'avait pas dû en trouver la sublime formule. Enfin il ne se souvenait pas d'avoir rien dit.
[605] V. ses Mémoires secrets, 1838, in 8º, t. III, p. 159-160, et les Causeries d'un curieux, par M. Feuillet de Conches, t. III, p. 416.
[606] T. X, p. 429.
[607] Revue Rétrosp., 2e série, t. IX, p. 458.