«Deux jours après, l'abbé Porquet eut fini ce discours qu'on trouva bien différent de tous ceux que Robespierre avait composés jusqu'alors. Le petit nombre de connaisseurs qui pouvaient, à cette époque, juger sans passion et sans partialité, trouvèrent que l'avocat d'Arras avait fait des progrès dans l'art d'écrire[644]

[644] Selon une note de M. Boulliot, dont le concours fut si précieux à Barbier pour son Dictionnaire des anonymes, ce n'est pas l'abbé Porquet, mais un autre prêtre, l'abbé Martin, collaborateur de Raynal pour une grande partie de l'Histoire philosophique, qui aurait composé ce discours de Robespierre. (Dict. des anonymes, 1823, in-8º, t. II, p. 546.)

Robespierre prêchant au milieu de sa fête déiste un sermon écrit par le vieil aumônier du roi Stanislas, me fait songer au R. P. Pacaud, lequel, s'il faut en croire l'abbé L'Écuy[645], prêcha vers 1750, à Notre-Dame, les cinq volumes de sermons du protestant Jacques Saurin, «mot à mot, dit l'abbé, sans y rien changer[646]».

[645] Bulletin de la Société du protestantisme français, etc., t. V, p. 70.—Il n'est plus étonnant que B. de Roquefort, parlant des sermons du P. Pacaud, dise que «l'on crut y reconnaître quelques erreurs». (Dictionnaire biographique des prédicateurs, 1824, in-8º, p. 193.)

[646] Il en est des chansons comme des sermons et des discours, elles n'appartiennent pas toujours à qui on les prête: pour la Marseillaise, quoi qu'en ait dit Castil-Blaze, cherchant à prouver que Rouget de Lisle en avait emprunté l'air tout fait à un cantique allemand chanté, dès 1782, aux concerts de madame de Montesson (Molière musicien, t. II, p. 452), on sait maintenant à quoi s'en tenir. Le récent travail du neveu de l'auteur ne permet plus l'ombre d'un doute. Paroles et musique sont bien de Rouget de Lisle.—L'air du Ça ira ou Carillon national est de Bécourt, et les paroles du chanteur ambulant Ladré, qui en prit le refrain au mot célèbre de Franklin sur la Révolution: «Ça ira, ça tiendra.» (G. de Gassagnac, Hist. des Girondins et des Massacres de septembre, Paris, E. Dentu, in-8º, t. Ier, p. 373.)


LXII

L'histoire de Napoléon, toute la période du Consulat et de l'Empire, certains détails biographiques dont le grand homme riait lui-même[647], certaines paroles qu'on lui prête[648], quelques belles actions qu'on veut lui ôter[649], pourraient fournir une ample pâture à notre ardeur du doute et à notre passion plus vive encore de la vérité.

[647] Par exemple, «il riait, dit M. de Las Cases, de toutes les biographies qui s'obstinaient à lui faire escalader, l'épée à la main, le ballon de l'École militaire.» (Mémorial de Sainte-Hélène, 1824, in-12, t. VI, p. 363.) L'auteur aurait dû s'expliquer davantage et dire toute la vérité sur ce fait, et sur le jeune Du Chambon, qui en fut réellement le héros. Le défaut d'espace nous empêchera nous-même de la dire, mais nous renverrons à la Décade philosophique de 1797, nº 86, p. 499, et nº 87, p. 564, où elle se trouve tout entière.

[648] Ainsi, quoique M. Thiers l'ait répétée, il est douteux qu'il ait prononcé au Conseil des Anciens, le 18 brumaire, cette fameuse phrase: «Songez que je marche accompagné du dieu de la fortune et du dieu de la guerre.» Elle ne figure pas au Moniteur.