[649] On a nié en plusieurs endroits, mais à tort, ainsi que la Biographie Rabbe et Boisjolin, t. II, p. 2035, l'a déjà fait remarquer, sa belle action envers madame de Hatzfeld, dont il sauva le mari, en jetant au feu la lettre qui établissait sa complicité dans une conspiration contre lui. Le fait est aujourd'hui irréfutable. Une lettre de Napoléon à Joséphine, du 6 nov. 1806, publiée au tome XIII de sa Correspondance, l'établit de la façon la plus simple et la plus modeste.
Nous n'aurions qu'à choisir, entre tous ces épisodes au résultat décisif pour la gloire, aux particularités incertaines pour la vérité:
1º L'héroïque désastre du Vengeur, assez différent dans la réalité de ce que l'ont fait le rapport de Barrère et l'ode de Lebrun: criblé de boulets, le Vengeur amena pavillon; les Anglais mirent pied sur son bord, et leurs vaisseaux le Culloden et l'Alfred recueillirent deux cent soixante-sept matelots, avec le capitaine, depuis contre-amiral Renaudin, et son fils[650]. Ce n'est qu'après que le vaisseau sombra, s'il sombra[651].
[650] V., à ce sujet, la discussion qui fut soulevée à Londres, en 1839, et dont la Revue britannique (août 1839, p. 334-345) a reproduit toutes les pièces, d'après le Frazer's Magazine (t. XX, p. 76-84). Consulter surtout, au mot Vengeur, le Dictionn. crit. de M. A. Jal, qui avait pris part à la polémique engagée sur ce point avec la critique anglaise, dans la Revue britannique; il rétablit définitivement toute la vérité sur cet événement, «un peu surfait, dit-il, par l'opinion».—On peut voir dans le National (10 juin 1839) les noms des six marins du Vengeur qui survivaient encore à cette époque. Ce n'étaient pas les seuls. En effet, onze ans plus tard, au lieu de six, il s'en trouva huit, qui, sur un rapport de l'amiral Romain-Desfossés, furent décorés par décret du 8 février 1850.
[651] Feydel soutenait (avait-il raison?) qu'il avait vu les restes du bâtiment dans un port anglais. (Un Cahier d'histoire littéraire, 1818, in-8º, p. 41.)—Pour ce fait, encore une fois, toute l'erreur vient du rapport de Barrère et de l'exagération poétique de Lebrun dans sa fameuse ode. (V. ses Œuvres complètes, t. I, p. 357.) Sans mensonge, il était assez héroïque.
2º La fameuse histoire des pestiférés de Jaffa, sur laquelle se sont greffés tant de contes[652], et qui a fait tant d'incrédules[653].
[652] V. les Mémoires de Madame de Genlis, t. VIII, P. 54-55.
[653] V. le Globe, nº du 25 janvier 1825, pour ce qui se rapporte au prétendu empoisonnement des malades. Cette accusation, qui partit d'un rapport de Morier, agent anglais à Constantinople, répétée par Wilson en 1801, et reproduite par Malte-Brun, en 1814, dans le Spectateur, t. I, p. 185, est complètement fausse. «Il n'y eut pas, dit M. Rapetti, un seul pestiféré sacrifié. Tous furent transportés, de l'aveu même de Desgenettes.» (Art. Napoléon, dans la Biogr. générale, col. 252, note.)—M. Duruy, dans un excellent article de la Revue de l'instruction publique, sur les Mémoires du duc de Raguse, a réfuté, plus victorieusement que personne, l'odieux mensonge, repris par Marmont.
3º La question de savoir si le succès de Marengo fut décidé par Desaix, comme tout le monde le pense, ou par Kellermann, comme celui-ci le prétendait[654], avec raison.
[654] V., à son nom, la Biogr. portat. des contemp., t. II, p. 2213; l'Histoire de la campagne de 1800, par le duc de Valmy, Paris, 1854, in-8º, p. 180-181, et, dans le Catalogue des autographes de la collection La Jarriette, p. 180, nº 1571, une lettre de Kellermann, réclamant près de Bourienne, à la date du 8 février 1821, la vraie part qui lui revient dans cette victoire.—Ce même Catalogue, p. 33, nº 294, donne l'extrait d'une lettre adressée aussi à Bourienne par Bessières, pour revendiquer l'honneur de la charge de cavalerie qui avait contribué au succès de la bataille d'Austerlitz, et qu'on attribuait à Rapp.