On sait que Cambronne ne dit pas cette belle phrase. On prétend aussi, sans plus de raison, qu'il dit autre chose..... en un seul mot, que M. Victor Hugo a le premier osé écrire, ce qui lui mérita l'honneur d'un pastel au Salon suivant, où la page embaumée était représentée couverte d'une feuille de vigne, une feuille de rose ne pouvant pas suffire.

Cambronne se fâchait tout rouge quand on le félicitait de sa belle parole. Il la trouvait absurde: d'abord, disait-il, parce qu'il n'était pas mort, ensuite parce qu'il s'était rendu.

«Cambronne, disait le général Alava, présent à sa prise par le colonel Halkett[660], n'ouvrit la bouche que pour demander un chirurgien, afin de panser ses blessures. Il s'était rendu sans fracas[661]

[660] Ce fut au moment du recul de la garde impériale. Halkett s'était précipité sabre haut sur Cambronne, qui, déjà grièvement blessé, lui tendit la main et se rendit. (Larpent's Journal, t. III, p. 41; la Revue d'Édimbourg, t. XCIII, p. 160, et Siborne, History of the war in France and Belgium, t. II, p. 220.)

[661] V. dans la Revue britann., août 1864, p. 328, la traduction de quelques extraits des Diaries of a lady of quality from 1797 to 1844.

Ce doit être là toute la vérité.

Toujours, je le répète, il se défendit nettement de la phrase qu'on lui prêtait[662]. En 1835, présidant à Nantes un banquet patriotique, il la désavoua même de la façon la plus formelle[663].

[662] V. une lettre du lieutenant-colonel Magnant au fils du général Michel, et une autre du préfet de la Loire-Inférieure au même, citées par M. Cuvillier-Fleury dans un de ses articles sur cette question. (Journal des Débats, 7 juillet 1862.)

[663] Levot, Biographie bretonne, au mot Cambronne.

Il ne s'est pas moins trouvé un grenadier qui prétendit lui avoir entendu dire deux fois, ce qu'il soutenait, lui, n'avoir pas dit une seule[664].