[664] V. un art. de M. Deulin dans l'Esprit public du 24 juin 1862.

Il est vrai que ce grenadier, le sieur Antoine Deleau, qui, mandé devant le maréchal de Mac-Mahon et le préfet du Nord, tint courageusement à ne pas démentir ce qu'il répétait depuis quarante-huit ans[665], prétendait aussi avoir très distinctement entendu Poniatowski s'écrier à Leipsick, en se précipitant dans l'Elster: «Dieu m'a confié l'honneur des Polonais, je ne le remettrai qu'à Dieu[666]!» Quand on a entendu cette phrase-là, on doit avoir entendu l'autre[667].

[665] Il y eut, pour cela, réunion solennelle à la préfecture du Nord, le 30 juin 1862. M. Cuvillier-Fleury en publia le procès verbal, le 7 juillet, dans les Débats.

[666] Ch. Deulin, l'Esprit public, 24 juin 1862.

[667] Il ne faut guère croire aux mots prononcés dans la chaleur d'une bataille; le sang-froid manque trop alors, et il en faut pour avoir de l'esprit. Cette exclamation: Finis Poloniæ! qu'aurait jetée Kosciusko à la déroute de Macijowice, fut niée par lui dans sa lettre du 12 nov. 1803, à M. de Ségur, qui avait reproduit le mot dans son Histoire des principaux événements du règne de Frédéric-Guillaume II. On peut lire cette lettre sans réplique dans les notes de M. Amédée Renée sur l'Histoire de cent ans de M. C. Cantu, t. Ier, p. 419, notes excellentes et qui donnent raison au proverbe: La glose vaut mieux que le texte.

Quoi qu'il en soit, si Cambronne eût encore vécu lorsque les fils du général Michel réclamèrent, au nom de leur père, la célèbre parole de Waterloo, comme une propriété de famille, et même présentèrent requête contre l'ordonnance royale qui avait autorisé la ville de Nantes à la prendre pour inscription de la statue de celui à qui on l'attribuait[668], soyez sûrs qu'il la leur aurait cédée bien vite et sans débat[669].

[668] Le Journal de la Librairie, 3 mai 1845, nº 2277.

[669] Un officier, dont les Souvenirs m'inspirent quelque défiance, quoiqu'ils aient été cités par Edgar Quinet dans sa remarquable Histoire de la campagne de 1815, p. 273, note, et par l'Intermédiaire, t. I, p. 31, prétendait que Cambronne avouait qu'il avait dit: «Des b... comme nous ne se rendent pas.» Voilà qui eût été parler. Mais après les dénégations de Cambronne, indiquées tout à l'heure, et le témoignage d'Alava, qui avait pu tout voir et tout entendre, comment croire même à cette parole vraisemblable?

C'est Rougemont, ce Rougemont dont nous vous avons déjà parlé dans l'Esprit des autres, qui, le soir même de la bataille, aurait, suivant quelques-uns, trouvé la résonnante parole et l'aurait imprimée dès le lendemain dans le journal l'Indépendant, récemment fondé par Julien de la Drôme, et qui, en grandissant, est devenu le Constitutionnel[670].