[670] Selon M. Michaud jeune, Biogr. univ., Suppl., t. LXXX, p. 56, c'est dans le Journal général de France que le mot aurait paru pour la première fois. Il fut répété par le Journal du Commerce (28 juin 1815) et par le Journal de Paris (30 juin).
Faire des mots était le métier de Rougemont, sa spécialité, comme on dirait aujourd'hui. Chaque événement le trouvait son mot tout prêt en main. Il le vendait à quiconque avait quelque effet à produire, et s'il n'en trouvait pas le placement, il l'imprimait sous tel ou tel nom approprié à sa nature et capable de le faire valoir.
Il connaissait bien des choses, et entre autres ce passage de La Bruyère, au livre des Jugements, §65:
«C'est souvent hasarder un bon mot et vouloir le perdre, que de vouloir le donner pour sien; il n'est pas relevé, il tombe avec des gens d'esprit ou qui se croient tels, qui ne l'ont pas dit et qui devoient le dire. C'est, au contraire, le faire valoir que de le rapporter comme d'un autre. Ce n'est qu'un fait, et qu'on ne se croit pas obligé de savoir; il est dit avec plus d'insinuation et reçu avec moins de jalousie; personne n'en souffre; on rit, s'il faut rire; et s'il faut admirer, on admire.»
On a écrit sur Rougemont, sans le nommer pourtant, un très spirituel article dans le Figaro de septembre 1830. On le prend, bien entendu, comme type du faiseur de mots:
«A l'avènement de Charles X, il y eut une pluie, une grêle, un orage de paroles charmantes dont les niais furent émerveillés à s'en pâmer de joie:
«Oh! disait-il, à l'Hôtel-Dieu, en avisant du Petit-Pont la file d'arcades du Louvre: «Il est bon que de chez lui un souverain puisse voir la maison du pauvre.»
«Plus de hallebardes!» disait-il quelques jours après. Et le ravissement populaire des auditeurs allait jusqu'au délire, pendant que notre homme, mêlé à la foule, riait d'un rire malin mêlé de cet orgueil de père qu'on ne peut cacher quand on voit ses enfants réussir dans le monde.
«Vous savez la réplique du duc de Berry sur les louanges de Napoléon, faite à un vieux soldat qui vantait le génie militaire du père Laviolette: