«Parbleu! c'est bien extraordinaire, avec des b...... comme vous!» Eh bien! tout cela sortait de la même cervelle.»
Les mots prêtés à Louis XVIII mourant devaient être de Rougemont ou de ses confrères en improvisation d'esprit. Il y en eut tant et de toutes sortes, sérieux ou burlesques, tels que ceux-ci: «Saint-Denis, Givet,» donnés, disait-on, pour mot d'ordre, par le roi agonisant au commandant du château[671], que Ch. Brifaut, lecteur du roi, crut devoir écrire à la Gazette de France pour mettre un terme à la circulation de toute cette fausse monnaie. Sa lettre est du 15 septembre 1824:
[671] Revue de Paris, 28 mars 1841, p. 253.—Pour ne pas douter que Louis XVIII, à ses derniers moments, ne dit rien, et ne put rien dire, on n'a qu'à se reporter au Journal de sa mort, par Madame Adélaïde d'Orléans, que nous avons publié le premier dans la Revue des Provinces du 15 sept. 1865, p. 231-239.
«Peu de mots, y dit-il, sont sortis depuis deux jours de la bouche de Sa Majesté, et quelques-uns de ceux qu'on lui prête dans les journaux sont entièrement inventés[672].»
[672] Catalogues d'autographes, Laverdet, nº 4, p. 36.—On n'avait pas attendu l'agonie de Louis XVIII pour lui prêter de l'esprit et du courage. Ce qu'il passe pour avoir dit à propos du pont d'Iéna, que Blücher voulait faire sauter: «Je m'y ferai porter, et nous sauterons ensemble,» est une invention du comte Beugnot, qui l'avoue dans ses Mémoires (E. Dentu, 1866, in-8º, t. II, p. 312-313). «Louis XVIII, dit-il, dut être bien effrayé d'un pareil coup de tête de sa part; mais ensuite il en accepta de bonne grâce la renommée. Je l'ai entendu complimenter de cet admirable trait de courage, et il répondait avec une assurance parfaite.»
LXIII
La Restauration devait pourtant s'inaugurer par une parole du même genre, mais de meilleur aloi, de fabrique ministérielle, et, pourrait-on dire, avec garantie du gouvernement. C'est le mot du comte d'Artois: «Il n'y a rien de changé en France; il n'y a qu'un Français de plus.» Comment tout se passa-t-il? M. de Vaulabelle l'a raconté avec assez d'exactitude[673]; mais M. Beugnot ayant plus d'autorité, puisque le mot est de lui, c'est son récit que nous emprunterons. Il se trouve dans un passage de ses Mémoires[674] qui nous avait d'abord échappé.