Un mensonge, ai-je dit, l'existence de Pharamond un mensonge! C'est bien de l'audace. Ceux à qui la fable est chère vont m'en vouloir; peut-être m'en feront-ils un vrai crime, comme il arriva au savant de Bohême Shlœzer, qui passa pour criminel de lèse-majesté, parce qu'il avait rayé de l'histoire de son pays plusieurs princes que des récits mystiques y avaient placés: Ausus est reges incessere dictis[113]! Le plus grave, c'est que notre liste royale y perd un roi, et commence ainsi par un vide. Avec un peu de complaisance on peut le combler, et recompléter le nombre, en replaçant dans la nomenclature un carlovingien jusqu'ici tenu à l'écart. C'est ce fils de Louis-d'Outremer, nommé Charles, que l'on croyait avoir été entièrement supprimé par son frère Lothaire, mais qui semble avoir eu toutefois quelques années de règne en Bourgogne, ainsi que l'a prouvé M. Auguste Bernard, d'après la suscription d'un acte des Cartulaires de Cluny[114].

[113] Baron de Férussac, Bulletin des Sciences historiques, t. XVI, p. 328

[114] Notes sur un roi inconnu de la race carlovingienne, dans le XXIIIe volume des Mémoires de la Soc. imp. des Antiq. de France.

Les frères Grimm n'ont pas dit un mot de la Sainte-Ampoule. S'ils doutent des légendes, jugez ce qu'ils pensent des miracles!

Nous n'en parlerons pas nous-même davantage; il nous suffira de renvoyer, pour l'origine de la sainte fiole, à l'excellent livre de M. Alfred Maury sur les Légendes pieuses[115].

[115] P. 183.

J'avais, dans la première édition de ce livre, fait une chicane aux historiens pour leur traduction des paroles de saint Remy baptisant Clovis. M. Édouard Thierry m'a fort courtoisement prouvé que j'avais eu tort, et je vais prouver à mon tour que j'approuve ses raisons, en les reproduisant ici:

«M. Édouard Fournier, dit l'aimable critique[116], prend la traduction: «Courbe ton front, fier Sicambre,» en flagrant délit de rhétorique. Elle n'est pas tout à fait exacte, j'en conviens; mais elle l'est bien plus qu'il ne semble. Si elle cherche le nombre harmonieux, elle imite en cela le texte, qui affecte un faux air de vers latin: Mitis depone colla, Sicamber, et la traduction est encore plus simple que l'original. Quant au mot fier, on aurait tort de le prendre pour un contre-sens. Grégoire de Tours[117] ne dit pas: Depone colla, mitis Sicamber, «baisse le cou, doux Sicambre;» mais: Mitis depone colla, Sicamber; «baisse doucement la tête, Sicambre,»—la force de l'adjectif portant sur l'action du verbe; ou mieux encore: «Apprivoisé désormais,»—c'est le vrai sens de mitis—«baisse la tête, Sicambre.» Or, qui dit apprivoisé suppose un état antérieur, qui est l'état sauvage, et le mitis Sicamber contient le fier Sicambre.»

[116] Moniteur du 4 nov. 1856.

[117] Lib. II, cap. XXI.