La plupart des traditions de notre histoire à l'époque mérovingienne les ont rencontrés tout aussi inexorablement sceptiques. Il faut voir quel bon marché ils font de la vérité historique des événements les plus populaires du règne de Childéric et de celui de Clovis; comment ils rejettent parmi les fables, en dépit d'Aimoin[106] et de Grégoire de Tours[107], tout le roman du mariage de Childéric avec la reine Basine, que l'abbé Velly avait pomponné de si jolies phrases; comment, malgré les mêmes historiens, ils relèguent au nombre des légendes: et la fameuse histoire du vase de Soissons[108], et celle du mariage de Clovis et de Clotilde[109], et celle encore de l'épée et des ciseaux que cette dernière princesse reçut des rois Childebert et Clotaire, comme présents symboliques lui annonçant qu'il lui fallait choisir, pour ses petits-fils, entre la mort par le glaive et la tonsure du moine[110].
[106] Hist. des Français, liv. I, chap. XIII et XIV.
[107] Hist. des Francs, liv. II, chap. XXVIII.
[108] Aimoin, liv. I, ch. XII.—Grégoire de Tours, liv. II, ch. XXVIII.—Flodoard, Hist. de Reims, liv. I, ch. XIII.
[109] Aimoin et Grégoire de Tours, ibid.
[110] Grég. de Tours, liv. III, ch. XVIII.—V. sur tous ces faits, le livre des frères Grimm, déjà cité, t. II, p. 85, 89, 95, 98.
De l'existence de Pharamond comme premier roi des Francs, les frères Grimm n'en parlent même pas[111]. Ils savent que c'est une croyance sur laquelle, à moins d'être le continuateur patenté de M. Le Ragois, l'on a passé condamnation depuis plus d'un siècle.
[111] L'abbé de Longuerue en doutait déjà, voyant qu'il n'en était pas fait mention dans Grég. de Tours et qu'il n'en était parlé que dans le Manuscrit de Saint-Victor.
Auparavant, on y croyait si bien, qu'on allait jusqu'à dire par quelles vertus s'était distingué Pharamond. Il se trouve dans les manuscrits de la Bibliothèque impériale[112] une dictée faite par Élisabeth de France, sous les yeux de Louis XIII encore enfant, où l'on fait dire à la petite princesse au sujet de son frère: «Qu'il prendra comme modèles, pour la piété saint Louis, pour la justice Louis XII, pour l'amour de la vérité Pharamond Ier.....» L'amour de la vérité sous le patronage d'un roi dont l'existence est un mensonge, voilà certes qui est bien placé!
[112] Mss. de Béthune, vol. coté 9309.