[101] Scriptores rerum Germanicarum, publiés par Marquard Freher, 1600, in-fol., t. III.—Cette chronique a été ensuite donnée à part sous le titre de Chronicon Laurishamense, 1768, in-4. V. au t. I, p. 40-46.

[102] 5 vol. in-fol., 1495.

[103] V. les frères Grimm, Traditions allemandes, traduites en français par M. du Theil, in-8, t. II, p. 149.—Guillaume de Malmesbury, dont le récit est antérieur à celui du chroniqueur de Lauresheim, raconte aussi l'anecdote, en la mettant sur le compte de Henri le Noir. (De Gestis regum Anglorum, lib. II, chap. XII.)

C'est d'une vanité de descendants que vint toute la légende, ou du moins sa popularité. Les comtes d'Erpach se croyaient descendus d'Eginhard, mais une plus noble ascendance leur eût fort agréé. Ayant à choisir, ils s'attribuèrent celle de Charlemagne, et la rattachèrent à l'autre par le conte qui a fait fortune. Ils imaginèrent de faire courir le bruit qu'on avait ouvert à Selgenstratt le tombeau d'Eginhard, et que l'histoire de ses amours et de son mariage avec Imma s'y était trouvée gravée en peu de mots sur une lame de plomb[104]. Il n'en fallut pas davantage pour que, cette prétendue preuve venant s'ajouter au récit, sans doute arrangé lui-même, de la Chronique de Lauresheim, on acceptât toute la légende, sans plus la contester. Freher, qui avait publié la Chronique, n'avait pas cru à l'histoire de ces amours, et l'avait dit. C'est alors que, pour détruire le mauvais effet de ce doute, les comtes d'Erpach avaient imaginé l'ouverture du tombeau d'Eginhard et la trouvaille de la lame de plomb. Dès lors on put croire, sur ce point, l'incrédulité bien morte; mais Bayle, en reprenant le doute de Freher, la réveilla[105], et lui donna par l'autorité de sa critique assez de force pour qu'elle pût de nouveau serrer de près le mensonge, et en avoir définitivement raison.

[104] Hubert Thomas, Vie de l'Électeur palatin Frédéric, t. II, p. 10.

[105] V. dans son Dict. crit., in-fol., t. II, l'article Eginhard, à l'endroit où il dit: «Freher n'ajoute aucune foi à ce conte.» V. aussi le Ducatiana, t. I, p. 178-179.


VII

Les frères Grimm, qui, dans leur très savant et très curieux livre sur les Traditions allemandes, ont dégagé l'histoire de la légende avec tant de courage et de lumière, n'ont eu garde d'oublier ce conte. Ils l'ont remis à sa vraie place, dans la catégorie des inventions ingénieuses, des mensonges bien trouvés dont l'étiquette naturelle est la fameuse phrase italienne: Si non e vero, e bene trovato.