[121] Chant XXe.


VIII

Préoccupés seulement dans leur livre de la communauté de traditions qui peut exister entre notre histoire et celle des États germaniques, les frères Grimm ne vont pas pour nous au-delà des deux premières races. Je le regrette; dans les règnes suivants, ils auraient encore eu beaucoup à redresser. Que leur eût-il semblé, par exemple, de cette belle anecdote sur le roi Louis le Gros, racontée dans tous les livres sur l'histoire de France, notamment en ces termes dans les Tablettes historiques de Dreux du Radier[122]?

[122] T. I, p. 148.

«Dans le combat de Brenneville contre Henri Ier, roi d'Angleterre, en 1119, un chevalier anglois ayant pris les rênes du cheval sur lequel Louis le Gros étoit monté, et criant: «Le roi est pris,» Louis lui déchargea un coup de la masse d'armes dont il étoit armé, et le renversa par terre en disant, avec ce sang-froid qui caractérise la véritable valeur: «Sache qu'on ne prend jamais le roi, pas même aux échecs.»

Cela sent bien, n'est-ce pas, son histoire inventée, son mot fait à plaisir? Croiriez-vous pourtant que Mézeray avait trouvé encore moyen d'enchérir sur cet aimable mensonge et de l'enjoliver: «Cette aventure, dit-il, fut le sujet d'une médaille qu'on fit graver avec cette inscription, tirée de Virgile:

«Nec capti potuere capi[123]

[123] Cet hémistiche de Virgile, où se trouve un jeu de mots qu'on lui a souvent reproché, se lit, avec une différence pour le premier mot, dans le VIIe l. de l'Énéide, v. 295, discours de Junon.

Une médaille commémorative, une médaille honorifique du temps de Louis le Gros[124]! Avouez qu'on ne peut mieux greffer une fausseté sur une autre, et plus impudemment illustrer un mensonge.