[124] V. sur les erreurs de ce genre, un mémoire de l'abbé Barthélemy, dans les Mém. de l'Acad. des Inscript., t. XXIV, p. 34.
Je fus longtemps à trouver l'origine de celui-ci, dont il n'y a pas trace, bien entendu, dans la vie de Louis VI, par l'abbé Suger: Vita Ludovici VI, cognomine Grossi. Le hasard me la fit enfin découvrir dans un livre qui n'était guère fait pour donner à l'anecdote plus de créance à mes yeux: c'est le Policration de Jean de Salisbury[125].
[125] Liv. I, ch. v.—L'abbé Garnier, dans un Mémoire à l'Académie des Inscriptions (t. XLIII, p. 364), répète le mot de Louis le Gros et semble y croire. En revanche, il nie ce qu'on dit de l'origine de cette guerre: la scène de l'échiquier que Henri d'Angleterre aurait jeté à la tête de Louis de France. Il a raison de dire que c'est un épisode du roman des Quatre Fils Aymon transplanté, avec d'autres personnages, en pleine histoire de France (ibid., p. 356). Il conteste encore dans le même mémoire, p. 357, la réalité de certaine plaisanterie que Philippe Ier se serait permise sur l'obésité de Guillaume le Conquérant, et qui aurait été la cause d'une autre guerre.
Cette bataille de Brenneville a joué de malheur avec la vérité. Quelques historiens prétendent qu'il n'y eut là qu'un seul homme de tué. Or, je ne crois pas beaucoup plus à cette mort unique qu'au mot de Louis le Gros. Elle me fait souvenir du fameux bulletin du général Beurnonville, après les affaires de Pellygen et de Grew-Machern, en 1791.
«Après trois heures d'une action terrible, et dans laquelle les ennemis ont éprouvé une perte de dix mille hommes, celle des Français, écrivait-il, s'est réduite au petit doigt d'un chasseur.»
Paris s'amusa beaucoup de cette gasconnade. On en fit le sujet d'une chanson qui avait pour refrain:
Holà! citoyen Beurnonville,
Le petit doigt n'a pas tout dit.
Quelques jours après, un loustic de régiment écrivit au ministre que «le petit doigt perdu était retrouvé.»