[176] Correspondance littéraire du 10 février 1861, p. 149-152.

[177] Daunou, qui ne peut être suspecté de trop de partialité pour l'Église, avait lui-même déclaré que le légat était calomnié par Césaire d'Heisterbach, dont le livre est indigne, selon lui, de toute créance. (Hist. litt. de la France, t. XVII, p. 313.)

[178] Si le compilateur Larousse avait connu l'excellent article de M. Tamisey de Larroque, il se fût sans doute dispensé de croire encore à l'odieux lieu commun, et il se fût gardé de nous faire un crime de notre doute prudent. V. son livre, au titre si bizarre, Fleurs historiques des dames, p. 632.

Pour la création du Saint-Office, à laquelle on prétend que saint Dominique eut part, je serai plus à l'aise encore. J'ai, pour nier, les autorités les plus fortes[179], entre autres celle du P. Lacordaire, d'autant plus précieuse en cela que l'empressement du célèbre dominicain à repousser pour son patron toute responsabilité dans cette fondation sinistre semble être une garantie de son horreur pour tous les actes de l'Inquisition[180].

[179] Le cardinal Ximenès et l'Église d'Espagne, par le docteur Hefels, traduct. de l'abbé Sisson, p. 205.

[180] Ce qu'il a dit, à ce sujet, dans son Histoire de saint Dominique, se trouve confirmé par un article de la Revue contemporaine, 25 avril 1857, p. 733.

Puisque je me trouve avec lui, je ne le quitterai pas sans parler d'un mot qu'il mit en crédit, et que son autorité fit prendre pour une parole célèbre, lorsque ce n'était qu'un titre de livre. Je laisserai parler à ce sujet M. de Montalembert[181], et d'autant plus volontiers qu'il me donne occasion de relever une petite erreur.

[181] Le P. Lacordaire, p. 147.

«C'est Lacordaire, dit-il, qui a le premier, dans un article de l'Avenir, exhumé ce titre de la Chronique des Gesta Dei per Francos, dont on usa depuis lors à tort et à travers, dans la littérature ecclésiastique....» C'est fort vrai; ce qui l'est moins, c'est l'origine de la phrase telle que la donna M. de Montalembert. Ce n'est pas le titre d'une Chronique, mais celui d'une collection d'historiens relatifs aux Croisades, publiée en 2 vol. in-folio, par Bongars, en 1611. Bongars était protestant, et il est curieux que ce soit lui qui ait prêté au grand orateur catholique l'une des formules dont il aimait le mieux se servir. Cette source, s'il l'eût connue, ne lui eût pas rendu moins belle la parole qu'il y trouvait. Son esprit faisait partout son profit du grand et du beau, et la phrase dont nous parlons est de ce domaine. Elle n'est égalée que par celle de Shakespeare, qui est presque sa tributaire: «La France est le soldat de Dieu.»