«Interrogée pourquoi son estendard fut plus porté en l'église de Reims au sacre que ceux des autres capitaines, répond: «Il avoit esté à la peine, c'estoit bien raison qu'il fust à l'honneur.»

Dans le nombre de ses réponses, il s'en trouve une qui aurait dû suffire à détruire l'opinion partout admise que Jeanne était bergère au moment de sa mission. Elle ne l'était pas plus alors que sainte Geneviève ne l'avait été[194]. Écoutez-la elle-même le dire à ses juges:

[194] V. une curieuse page du Valesiana, p. 43, et aussi Le Roux de Lincy, Femmes de l'ancienne France, t. I, p. 39, 598.

«Interrogée si elle avoit apprins aucun art ou mestier, dit que oui et que sa mère lui avoit apprins à cousdre, et qu'elle ne cuidoit point qu'il y eust femme dans Rouen qui lui en sceust apprendre aulcune chose. Ne alloit point aux champs garder les brebis ne autres bestes[195]

[195] Le Procès de Jeanne d'Arc, édit. Buchon, 1827, p. 58, 69. «Quant à avoir gardé les bestiaux, lit-on aussi dans l'Histoire de Charles VII de M. Vallet de Viriville, t. II, p. 45, note, elle dit qu'elle ne s'en souvenait plus.»


XVII

Je ne serai pas de ceux qui doutent de l'existence de Jeanne d'Arc[196]; je ne recommencerai pas non plus les dissertations de G. Naudé[197] et du P. Vignier de l'Oratoire, pour prouver qu'elle n'a pas été brûlée[198]. Ce sont jeux d'esprit et d'opinion qui seraient futiles ici; mais il est un fait du règne de Charles VII au sujet duquel on me permettra quelques contradictions: c'est celui qui tend à poser Agnès Sorel en conseillère héroïque de Charles VII, et à faire en quelque sorte de cette favorite l'émule de la vaillante Jeanne.

[196] V. notre article de l'Illustration, 10 mars 1855, p. 158-159.