On nous dit qu'il fit enfermer son fils à Amboise, sans un maître qui pût lui apprendre à lire; or, il existe un livre, le Rozier des Guerres, ouvrage moitié moral, moitié politique, qu'il composa lui-même, ou fit du moins composer sous ses yeux, pour l'instruction de ce fils[215]. Comment croire, après cela, qu'il ne voulut pas que le dauphin sût lire[216]?

[215] Il a été imprimé, in-4º gothique, chez la veuve Michel Lenoir. C'est donc à tort que M. de Sismondi a prétendu qu'on ne l'avait pas publié. (Histoire des Français, t. XIV, p. 323.)

[216] V. P. Paris, Manuscrits français, t. IV, p. 116-136.

L'ayant calomnié comme père, on ne devait pas l'épargner comme mari; aussi n'a-t-on pas manqué de répéter qu'il fit fort mauvais ménage avec Charlotte de Savoie, sa seconde femme. Du Haillan va même jusqu'à dire que le peu d'intelligence des deux époux rendant impossible la légitimité du dauphin Charles, il avait dû naître d'une autre femme que la reine, et n'était ainsi qu'un dauphin supposé[217].

[217] Le président Hénault, dans sa Chronologie de l'Histoire de France, 1761, in-8º, Ire part., p. 392, a fait justice de ce mensonge.

Du premier mariage de Louis XI, avec Marguerite d'Écosse, on n'a rien dit. N'était même l'anecdote du baiser qu'elle déposa sur la bouche du vieil Alain Chartier, et qu'on a singulièrement faussée en la jugeant d'après nos usages[218], on ne parlerait pas de cette aimable Marguerite, qui mourut avant d'être reine.

[218] Le baiser de Marguerite sur les lèvres du vieux poète, qui l'était allé chercher en Écosse et l'avait initiée à notre poésie, qu'elle ne cessa plus d'aimer, n'était qu'un de ces baisers d'hommage, si naturels alors, comme on le voit par une foule d'exemples que donne Ducange au mot osculum. Celui de Marguerite n'étonna que parce que le poète qui le reçut de cette bouche si fraîche était vieux et laid. L'anecdote, que Bouchet rapporta le premier dans ses Annales d'Aquitaine, p. 252 de l'édit. de 1644, in-4º, et que Brantôme reprit dans ses Femmes illustres (édit. du Panthéon littéraire, t. II, p. 200), a été mise en doute, mais à tort, selon moi. Il ne s'agit que de la voir à sa place, dans son cadre du temps, pour la croire vraisemblable. C'est aussi l'avis d'un rédacteur de l'Intermédiaire, qui a fait à ce sujet, t. II, p. 306-307, un judicieux petit article.

On répète partout que Louis XI avait des raffinements de cruauté inouïs. Il avait inventé tout exprès, nous dit-on, des cages de fer où il enfermait ses prisonniers; mais ce n'est rien encore: dans un jour d'exécution, il fit placer des enfants sous l'échafaud tout ruisselant du sang de leur père! Contes encore, contes horribles.