Louis XI n'inventa pas les cages-prisons; c'était un genre d'incarcération depuis très longtemps en usage en Italie et en Espagne[219].

[219] Muratori, VIII, p. 624; XI, p. 145.—Ducange, au mot Gabia.—Il est une autre invention, fort honorable celle-là, dont il faut enlever aussi le mérite à Louis XI: c'est l'invention des postes. Deux siècles avant qu'il les organisât en France, les chevaliers Teutoniques les avaient établies sur les terres dépendant de leur ordre. V. le Vieux-Neuf, 2e édit., t. II, p. 115.

Le supplice de Nemours n'eut pas lieu comme on l'a décrit partout; les détails effrayants dont on s'est plu à l'entourer, ces enfants à genoux sous l'échafaud, cette rosée affreuse, comme dit Casimir Delavigne[220], qui tombe goutte à goutte sur leur tête, sont un appareil mélodramatique de mise tout au plus maintenant dans les Crimes célèbres. «Les contemporains, dit M. Michelet, n'en parlent point, même les plus hostiles[221].» L'avocat Masselin, qui, un peu après la mort de Louis XI, à la fin de 1483, présenta requête aux États pour ces pauvres enfants du duc de Nemours, dépouillés de tous leurs biens, et qui, dans cette cause, devait, par conséquent, exagérer la vérité de leur malheur pour en accroître l'intérêt, ne dit pas un mot de cette barbarie perfectionnée[222]. Donc, encore une fois, dans tout cela, rien de vrai.

[220] Louis XI, acte II, sc. VI.

[221] Hist. de France, t. VI, p. 451.

[222] Diarium statuum generalium, p. 236.—Voltaire, qui revenait souvent sur ce mensonge, aida beaucoup à le répandre. V. sa Lettre à Linguet (juin 1776), édit. Beuchot, t. LXX, p. 84.

Le reste de ce que l'on raconte sur Louis XI ne l'est pas, j'en suis sûr, davantage. L'âge de Tristan l'Ermite, selon M. Michelet[223], rend invraisemblable tout ce que l'on nous a répété partout de ses prouesses de bourreau. Il était trop vieux pour être aussi alerte à la pendaison, et trop gai compagnon pour l'aimer tant. Un bourreau qui fut clément pour Villon, dont nous avons les remerciements, devait l'être pour bien d'autres beaucoup moins pendables[224].

[223] Hist. de France, t. VI, p. 491.

[224] V. l'Étude de M. Campaux sur Villon, p. 130.

La faveur de Coictier le médecin fut grande, mais pas autant qu'on s'est plu à le dire. Louis XI, loin d'être homme à se mettre sans cesse pieds et poings liés à sa merci, «estoit, selon Commines, enclin à ne vouloir bien souvent croire le conseil des médecins[225].» Si Coictier devint riche, c'est qu'il gagnait sans doute sur l'or potable et autres drogues coûteuses dont il avait vanté au roi la vertu efficace[226].