[245] Captivité de François Ier (Documents inédits), p. 129-130.

[246] Collect. Dupuy, vol. DCCXLII.—Ce Journal est celui d'un Bourgeois de Paris que M. Ludovic Lalanne a publié depuis, pour la Société de l'Histoire de France, 1854, in-8º. La lettre se trouve à la p. 237 de ce précieux volume.

«Madame,

«Pour vous advertir comment se porte le ressort de mon infortune, de toutes choses ne m'est demouré que l'honneur et la vie qui est saulve[247], et pour ce que en nostre adversité cette nouvelle vous fera quelque resconfort, j'ay prié qu'on me laissast pour escrire ces lettres, ce qu'on m'a agréablement accordé. Vous suppliant de volloir prendre l'extrémité de vous meismes, en usant de vostre accoutumée prudence; car j'ai espoir en la fin que Dieu ne m'abandonnera point; vous recommandant vos petits enfants et les miens, vous suppliant de faire donner seur passage et le retour en Espaigne à ce porteur qui va vers l'empereur pour sçavoir comme il faudra que je sois traicté, et sur ce très humblement me recommande à vostre bonne grâce[248]

[247] Dans une autre copie de cette lettre, reproduite dans le Cabinet historique de M. L. Paris, t. II, p. 142, d'après un ms. du fonds Fontanieu, on lit: «De toutes choses ne m'est demouré que l'honneur et la vie qui est saine;» ce qui vaut mieux. Puisqu'il écrit, sa vie est saulve; mais il pouvait être blessé, voilà pourquoi il croit bon de dire que sa vie est saine.

[248] Il y a dans le XLIVe volume de cette même collection Dupuy, une autre copie de la lettre de François Ier, dont le texte est identique, sauf de légères variantes. M. A. Macé l'a publiée dans le Bulletin de l'Académie delphinale (t. IV, p. 11-26), et M. Chéruel, d'après lui, dans la Revue des Sociétés savantes (t. I, p. 146-149).

Le Tout est perdu fors l'honneur se trouve bien à peu près en substance dans les premières lignes de la lettre; c'est ce qui fut cause de l'erreur. Les historiens, avec cette manie de résumé et pour ainsi dire de condensation qui s'empare d'eux quelquefois, et presque toujours mal à propos, pensèrent qu'en réduisant à cinq mots bien frappés toute cette lettre, ils lui donneraient plus de force. C'est donc ce qu'ils firent, et cela, j'en suis sûr, avec d'autant plus d'empressement qu'ils biffaient ainsi le: et la vie qui est saulve, petite considération incidente, qui est en effet un peu moins héroïque que le reste, mais qui pourtant paraît toute naturelle, quand on réfléchit que c'est un fils qui écrit à sa mère. Le roi avait commencé la phrase, le fils l'a achevée.

Antonio de Vera, qui devait connaître la lettre par le manuscrit de Nicaise Ladam[249] ou par les papiers de Granvelle, semble avoir été le premier qui s'avisa pour elle de cet arrangement à la laconienne. Voici comment il nous l'a traduite en son espagnol: Madama, toto se ha perdido sino es la honra[250]. Historien de Charles-Quint, Vera n'avait pas sans doute intérêt à corriger la vérité pour faire plus beau le rôle du roi de France; mais, présentée de cette façon, la lettre avait je ne sais quel air qui devait plaire davantage à son humeur castillane. C'est pour cela peut-être qu'il nous en arrangea cette version, bientôt reprise chez nous, traduite, popularisée, mais cette fois pour la raison toute française que le mot ainsi donné séyait mieux au vaincu de Pavie et relevait encore son caractère chevaleresque[251].

[249] Sur cette curieuse Chronique de Nicaise Ladam, que nous avons indiquée tout à l'heure en note, on peut lire une intéressante notice dans l'Annuaire de la Bibliothèque royale de Belgique, 1842, p. 95.