Je pourrois en tomber, j'aime mieux en descendre, etc.
On conçoit qu'un homme dont les vers avaient l'applaudissement de Corneille pouvait se croire en droit d'arranger ceux de Charles IX, sinon de les faire entièrement lui-même.—C'est du reste—et ceci sera décisif dans le procès—ce que de Prades s'était déjà permis pour le même roi s'adressant au même poète. On trouve dans ses Œuvres poétiques, 1650, in-4º, p. 37-38, une Epistre de Charles IX à Ronsard, faite par lui tout entière.
Dreux du Radier, qui m'aida beaucoup à retrouver le premier gîte de ces beaux vers, et à qui tout d'abord ils avaient aussi semblé d'une authenticité suspecte, ne croyait de la part de de Prades qu'à un travail d'arrangement. Ce n'était peut-être pas assez dire; mais pour son temps c'était beaucoup. «Ils sont, écrit-il[315], si exacts pour ce qu'on appelle versification, et même pour l'expression toute moderne, que je ne saurois m'empêcher d'avertir le lecteur que celui qui les rapporte s'est sans doute écarté de l'original, sous prétexte de ne pas choquer l'oreille par des sons auxquels elle n'est plus accoutumée. Il a changé ce qui lui a paru trop dur. Mais bien loin de mériter quelque reconnoissance par cette fausse délicatesse, on ne sauroit que le blâmer de sa hardiesse. Il nous prive des grâces respectables d'un original précieux, pour nous donner une copie peut-être foible, et ses expressions, au lieu de celles du monarque dont il parle.»
[315] Tablettes historiques, etc., t. II, p. 228.
XXIX
«Je viens d'aider à dépouiller Charles IX du plus beau fleuron de sa couronne poétique, je vais lui donner sa revanche. A-t-il tiré sur les huguenots le matin de la Saint-Barthélemy, comme on le répète partout? Pour moi, je ne le crois pas; les témoignages allégués, celui du Gascon Brantôme[316], celui de ce marquis de Tessé, qui, selon Voltaire[317], tenait le fait du gentilhomme même qui chargeait l'arquebuse du roi, n'étant pas, à mon avis, des preuves bien redoutables. L'abbé Coupé en a fait bon marché dans un article de ses Soirées littéraires, et je fais comme lui très volontiers[318].
[316] Hommes illustres et grands capitaines françois (édit. du Panthéon littéraire), t. I, p. 560-561.