C'étaient les Anglais Specke, Burton et l'israélite Samuel Baker qui devaient avoir l'honneur de dévoiler l'énigme du Nil posée à l'Europe par le sphinx égyptien. Après avoir rejoint les deux premiers voyageurs, Baker compléta leurs découvertes. Il sut déjouer et éluder toutes les trames ourdies sur son passage par les marchands d'esclaves. Le 14 mars 1864, il arrivait au lac Loutan-Nzigé, qu'il baptisait du nom du prince Albert, suivait le Nil jusqu'au Victoria, d'où ce fleuve sort par une autre cataracte de 200 mètres environ d'élévation qui fait la différence du niveau des deux lacs. Tel fut le résultat de sa première exploration.
En 1871, Baker fit une expédition militaire pour le compte du khédive avec le titre de bey (colonel). M. le comte Bisemont, lieutenant de vaisseau français, y fut attaché. Baker établit quelques postes entre Gondokoro et les lacs, puis revint après avoir échappé à une tentative d'empoisonnement de la part de Romanika, roi du Nyoro. Aussi plaça-t-il Riouga, le beau-frère de celui-ci, à la tête de ce royaume. Cette expédition tua le commerce de Khartoum et la plupart des négociants européens abandonnèrent cette ville pour se concentrer à El-Obeïd. Quant à la question des sources du Nil, elle n'apporta d'autres renseignements que ceux fournis par les noirs. D'après leurs récits, le lac Albert communiquerait au sud avec le nord du Tanganika par une série de lacs ou rivières navigables (Rouzizi) coulant à travers la région qui s'étend entre l'Albert et le Victoria à l'ouest des monts Karagoués. S'il en est ainsi, il faudrait donc encore reculer les sources du Nil jusque vers le 10° de latitude sud.
Pendant que Baker marchait vers le S., un explorateur russe, le docteur Schweinfurth, se jetait à l'ouest du fleuve Blanc. Il remontait le Bahr-el-Gazal, pénétrait chez les Niam-Niams, atteignait le pays des Mombouttous et des Mitous, peuplades noires anthropophages. Il revint en Europe, en 1871, après trois ans et demi d'absence.
Des explorations analogues eurent lieu également depuis le commencement de ce siècle sur les autres points de l'Afrique.
Du côté du nord, nous voyons Mungo-Park se diriger à travers le Sahara jusqu'à Timboktou dans l'espérance de rencontrer le Niger. Il succomba à son second voyage (1805). Le major Peddie eut le même sort (1816), et le capitaine Lyon ne put dépasser la frontière méridionale du Fezzan (1819). Une autre expédition fut organisée à Tripoli; elle était composée du major Denham, du lieutenant Clappeston et du docteur Oudney. Dans les premiers jours d'avril 1822, ils arrivaient à Mourzouk, capitale du Fezzan, et le 17 février, ils entraient à Kouka, résidence du sultan du Bornou. Le lac Tchad fut reconnu dans son pourtour, les villes de Kano et de Sakkatou visitées. Le docteur Oudney mourut dans cette dernière excursion. Après les succès de cette première expédition, Denham revint mourir à Sakkatou sans avoir pu toucher le bas Niger (1826).
Pendant la même année, le major anglais Laing était assassiné à Timboktou, ville dans laquelle notre compatriote Caillé réussissait à séjourner quelque temps. En 1849, le gouvernement anglais charge Richardson de reprendre et de continuer les explorations de Denham dans le Soudan occidental. Richardson s'adjoint les deux Allemands Overweg et Henri Barth. L'année suivante, ces voyageurs quittent Tripoli, traversent le Fezzan et, dans leur course à travers le Sahara, ils découvrent la belle oasis montagneuse d'Air, ancien pays d'Agisymba, regardé comme le point le plus avancé de l'Afrique sur lequel s'arrêtèrent les aigles romaines. A peine sont-ils entrés dans le Soudan que Richardson meurt emporté par une maladie rapide. Les deux compagnons explorent les pays au S. et au S.-O. du lac Tchad et, en 1852, Overweg succombe également. Barth, resté seul, s'enfonce dans le Sakkatou pendant deux ans et reparaît au Bornou, en 1854, après avoir séjourné à Timboktou de septembre 1853 à mai 1854. Il y trouva l'Allemand Edouard Vogel, le compagnon que la Société de géographie de Londres lui envoyait. Celui-ci détermina à 276 mètres au-dessus de l'Océan le niveau du lac Tchad. Barth fatigué revint en Angleterre en 1855. Vogel voulant explorer le Soudan oriental; il se dirigea vers le Ouadaï, où il fut assassiné à Kouka (1856).
Cependant, en 1860, une expédition nationale allemande s'organisait pour aller à la recherche de Vogel. Elle devait partir par la mer Rouge et prendre Khartoum pour base d'opération, pendant qu'un voyageur, M. de Beurman, se porterait à sa rencontre par le Fezzan, le Bornou et le Ouadaï. Des circonstances imprévues l'obligèrent de se dissoudre en arrivant à Khartoum (1862) et M. de Beurman fut également assassiné dans le Ouadaï. En ce moment (1874), M. le docteur Nachtigal a pu pénétrer dans le Ouadaï; il revient par le Darfour, et M. Gérard Rohlf vient de terminer ses explorations dans le désert libyque.
Pendant que l'Afrique était attaquée du côté du nord, la partie occidentale n'était pas négligée. L'Angleterre envoyait, en 1816, le capitaine Tuckey remonter le Congo ou Zaïre; il fut arrêté par les rapides de ce fleuve à Enimbo, par 4° 40" de lat. S., à 290 kil. de l'Océan, soit 210 à vol d'oiseau. Il mourut des fièvres avec tout son équipage. Jusqu'en 1872, rien ne fut tenté dans cette voie. Or les missionnaires portugais des XVIe et XVIIe siècles avaient des résidences à 60 kil. plus haut dans les missions de Conconbella, et sur le Kouango, à Candi (Canga ou Penibo de Ocanga Tukouango). En ce moment, une expédition anglaise explore le cours de ce fleuve.
Après l'insuccès du Tuckey, l'Angleterre s'attacha au cours du Niger, dont d'autres explorateurs cherchaient les sources au Soudan. En 1830, John Lander reconnut les embouchures de ce fleuve, ainsi qu'une partie de son cours inférieur. Laird, Oldfield, Allen (1832) et le capitaine Trotter (1841) revoient son itinéraire et cherchent à ouvrir, avec le Soudan, par cette grande artère fluviale, une voie commerciale plus courte et moins dangereuse que le désert. Cet honneur était réservé au docteur Baikie, commandant de l'expédition de la Pléiade (1854). Il trouva cette route dans le Benoué, grand affluent du Niger qui descend des parties S.-O. de Bornou et prend ses sources à peu de distance du Chary.
Au commencement de l'année courante, MM. Marche et Compiègne, voyageurs français, remontent l'Ogovai, dont le cours inférieur a été relevé par l'amiral Fleuriot de Langle. D'un autre côté, M. Bastian est arrivé avec une expédition allemande sur les bords du Loango et s'apprête à pénétrer dans le continent africain entre les 5° et 8° de lat. S., région explorée en partie par notre compatriote Duchaillu.