La partie occidentale de l'Afrique n'a pu être explorée comme les régions septentrionales et orientales. Un désert aride et des tribus féroces semblent former une zone infranchissable à vingt lieues de la côte. Mais la côte orientale, ouverte par les Arabes négriers et marchands d'ivoire, vient d'être à nouveau franchie par le lieutenant Cameron, parti de Zanzibar, pour compléter les découvertes de Livingstone.
Quant à l'Afrique australe comprise entre le Zambèse et le cap de Bonne-Espérance, elle vient d'être reconnue par MM. Mauch et Erskine. Le premier a exploré les pays qui s'étendent entre le Zambèse et le fleuve Orange. Le second s'est élevé au nord de la baie de Lagoa et a exploré le bassin du Limpopo et la zone du littoral comprise entre ce fleuve et le Zambèse, où il a découvert les ruines et les placers de Zimbaoê, l'Ophir biblique, peut-être!
Si de là nous portons nos regards vers l'ancienne Éthiopie ou Abyssinie, nous apercevons pendant notre siècle, suivant les traces de Robert Bruce dans les sentiers rocailleux et desséchés de ce pays, un certain nombre de voyageurs intrépides. La France y envoie Rochet d'Héricourt, Théophile Lefebvre, Perret et Galinier, MM. Antoine et Arnault d'Abbadie; Specke, Harris, Ruppel, le docteur Blanc, y représentent l'Angleterre, dont l'expédition contre Théodoros a donné lieu à des travaux importants. Tel est le résumé de l'histoire des explorations africaines. Nous pensons que le lecteur nous saura gré de lui donner un tableau succinct de ces grands voyages qui reculent les horizons de la civilisation chrétienne.
D'après ce que nous venons de dire, nous pouvons nous faire une idée de la configuration de l'intérieur de l'Afrique.
A quelque distance de la mer, une série de chaînes ou bourrelets continus de montagnes entourent l'Afrique. Au N., ce bourrelet s'appelle l'Atlas, jusqu'au S.-O. du Maroc. Il reparaît au Sénégal, sous le nom de chaîne des Kong, et se prolonge jusqu'au cap de Bonne-Espérance. De là il suit la mer des Indes, forme le Kilima-Njaro (7,000 m.) le Kenia ou Mont-Blanc (6,000 m.), et se rattache aux chaînes méridionales du pays des Gallas. Les monts de la Lune, qui se détachent de celles-ci, ne courent pas de l'O. à l'E., comme on l'a cru pendant longtemps, mais elles descendent du N. au S.
L'intérieur de l'Afrique forme donc un immense bassin dont les bords ne seraient interrompus d'une part que par les brèches d'où les grands fleuves africains s'échappent en cataractes écumantes vers les mers, et, d'autre part, dans la partie occidentale, par le Sahara qui vient confondre ses sables avec ceux de l'Océan entre le Maroc et le Sénégal.
L'intérieur de ce bassin serait divisé par quelques plateaux en plusieurs régions que l'on regarde encore comme indépendantes l'une de l'autre, bien qu'elles puissent être réunies entre elles par des cours d'eau, ainsi que certains géographes le prétendent. C'est ce que de nouvelles explorations prouveront. La première au S. est celle du lac Nyassa, du Chironé et du Zambèse. Elle est séparée de la deuxième entre le 10e et le 12e degré de lat. S. par le plateau de Moviza ou Motchinga, qui a 1,100 kil. environ d'étendue et une altitude moyenne de 1,200 m., mais quelques points en atteignent 1,500, 1,800 et 2,100. Son versant nord donne naissance à un nombre si considérable de rivières, dit Livingstone, qu'il faudrait la vie d'un homme pour les compter. La seconde contient cinq lacs qui sont, en commençant par le plus méridional: le Bangweolo, qui s'étend de l'E. à l'O., entre 11° et 12° de lat. australe sur un développement de 240 kil. par 1,219 m. d'altitude. Il est couvert d'îles habitées et reçoit le Tchambezi, rivière qui prend ses sources vers 10° de lat. S., au N. du lac Nyassa. De sa partie septentrionale sort le Louapoula; ce cours d'eau va se jeter dans le lac Moero. De celui-ci s'échappe le Loualaba oriental. Cette rivière a de 1,800 à 5,400 m. de largeur et s'ouvre dans le lac Kamolondo, ou bien Oulendje. Ce lac recevrait également sur sa rive occidentale le Loufira, ou Loualaba central, qui descendrait de la région Ouest inexplorée du Moviza et des monts Koné. De ce même point coulerait également au N.-O. le Loualaba occidental, ou Louloua, lequel se réunit au Kasabi, traverse le lac Lincoln ou Moula et va sous le nom de Loeki, ou Lomamé, se joindre au Loualaba central. Tous ces Loualabas qui, dans la langue des indigènes signifient des lacs rivières (bassins lacustres), ne forment qu'un seul cours d'eau qui entre dans le lac Sans-Nom par 4° de lat. australe et 22° 40' de long. orientale et coule au milieu de ses archipels pour en sortir au N. sous le nom de Nyali, Bancaor ou Bakara, incliner entre 1° et 2° de lat. S. vers l'O., et se jeter dans l'Océan sous le nom de Zaïre ou Congo. Ce bassin serait donc celui de ce grand fleuve sur lequel l'un des rois chrétiens du Congo fit lancer deux brigantins afin d'en explorer le cours jusqu'aux lacs où il prend ses sources. C'est ce que nous avons trouvé dans la correspondance de ce prince.
Les habitants du Congo et des États voisins connaissaient donc la région des lacs de l'Afrique centrale. C'est par eux que les Portugais en eurent connaissance et pratiquèrent les routes qui les conduisaient de leurs établissements de la Guinée méridionale à ceux de la côte orientale d'Afrique. Du reste, les noms de Moero et de Moura (Maure), dont le premier est la corruption du second, sont Portugais. Ils révèlent donc le passage des voyageurs de cette nation qui les leur ont imposés. Après les avoir retrouvés, Livingstone leur a donné des noms anglais.
Sur le versant S. du Movitza naissent également deux cours d'eau, le Liambaï ou Zambèse (Palmerston) et le Kafoué, affluent de ce fleuve.
A l'époque des pluies, le fond de ces différentes vallées est tellement inondé que les rivières et les lacs ne forment plus qu'une immense nappe d'eau comme dans la zone parallèle de l'Amérique méridionale.