«Ne pleure pas, disait-elle à l'enfant, qui s'effrayait de rester seule, ne pleure pas! Dans un instant je reviens avec un beau morceau de boeuf, tu m'aideras à mettre le pot-au-feu; nous éplucherons ensemble les oignons et les carottes; attends-moi, dans un instant nous nous amuserons, et demain j'aurai du travail. Quand la besogne n'allait pas, ton père, le pauvre homme! disait: «Patience, patience! Dieu n'abandonne pas les honnêtes gens.»
II
On pense que Mlle Rose, si indignement traitée, n'avait pas gardé pour elle les paroles de Madeleine; mais Mme de la Guerche était sortie; il n'y avait à la maison que sa fille, Marie; c'est à elle que Rose, tout émue, et agitant les bras, contait les injures que lui avaient dites cette méchante femme et les dangers qui l'avaient menacée.
«Oui, Mademoiselle, disait-elle, les larmes aux yeux, on m'a outragée; peu s'en faut qu'on ne m'ait battue. Cela ne me fait rien, je suis au-dessus de ces misérables, mais c'est manquer à Madame et à vous aussi, Mademoiselle. Du reste, Mme Remy le dit souvent: «Ces dames sont trop bonnes, aussi on leur manque de respect. Avec les pauvres, il faut être raide quand on leur donne, pour leur faire sentir qu'on les oblige: c'est comme ça que font toutes les dames comme il faut.»
—C'est bien, que Mme Remy garde ses réflexions pour elle, et faites comme Mme Remy. Donnez-moi le paquet de flanelle et de linge que j'ai cousu cet hiver.
—Vous sortez de l'appartement, Mademoiselle?
—Oui, je monte chez cette pauvre femme; c'est au sixième, la seconde porte à gauche, n'est-ce pas?
—N'y allez pas, Mademoiselle! Il vous arriverait quelque malheur. Vous
ne connaissez pas cette femme; elle a des yeux comme un tigre en furie.
Au moins, Mademoiselle, prenez quelqu'un avec vous; je vais appeler
Baptiste.
—N'appelez personne, et restez; je n'ai pas besoin de vous.»
Et, au grand effroi de Rose, Marie monta au grenier, sans même se retourner pour regarder les gestes éplorés de sa femme de chambre.