Le fermier reprit le chemin de sa maison, où il arriva les mains vides.

«Qu'as-tu acheté? lui demanda sa femme.

—Rien que trois avis, répondit-il, qui m'ont coûté chacun cent écus.

—Bien! dissipe ton argent, jette-le au vent, suivant ton habitude.

—Ma chère femme, reprit doucement le fermier, je ne regrette pas mon argent; tu vas voir quelles sont les paroles que j'ai payées.»

Et il lui conta ce qu'on lui avait dit; sur quoi la femme haussa les épaules et l'appela un fou qui ruinerait sa maison et mettrait ses enfants sur la paille.

Quelque temps après, un marchand s'arrêta devant la porte du fermier avec deux voitures pleines de marchandises. Il avait perdu en route un associé et offrit au fermier cinquante écus s'il voulait se charger d'une des voitures et venir avec lui à la ville.

«J'espère, dit à son mari la femme du fermier, que tu ne refuseras pas; cette fois du moins tu gagneras quelque chose.»

On partit; le marchand conduisait la première voiture, le fermier menait la seconde. Le temps était mauvais, les chemins rompus, on n'avançait qu'à grand'peine. On arriva enfin aux deux routes, le marchand demanda celle qu'il fallait prendre.

«C'est celle de demain, dit le fermier; elle est plus longue, mais elle est plus sûre.»