«J'ai payé cent écus, pensa-t-il, pour apprendre qu'il ne faut pas dépenser toute sa colère en un jour. Attendons à demain, mon voleur reviendra.»
Il prit un détour pour entrer dans la maison par un autre côté, et, comme il frappait à la porte, voilà le jeune soldat qui vient se précipiter dans ses bras en s'écriant:
«Mon père, j'ai profité de mon congé pour vous surprendre et vous embrasser.»
Le fermier dit alors à sa femme:
«Écoute maintenant ce qui m'est arrivé, tu verras si j'ai payé trop cher mes trois avis.
Il lui conta toute l'histoire; et comme le pauvre marchand fut pendu, quoi qu'il pût faire, le fermier se trouva l'héritier de cet imprudent. Devenu riche, il répétait tous les jours qu'on ne paye jamais trop cher un bon conseil, et, pour la première fois, sa femme était de son avis.»
IX
LES TROIS HISTOIRES DU DALMATE
«Seigneur Dalmate, lui dis-je, quand il eut fini son histoire, voilà sans doute un beau conte, mais ce n'est pas le Destin qui a fait la fortune de ce sage fermier, c'est le calcul, la raison. Votre second récit détruit le premier et fort heureusement, car il serait triste que les paresseux fissent fortune et que les gens actifs qui sèment le grain ne récoltassent que le vent.
—Les paresseux réussissent quelquefois, me répondit-il gravement; j'en sais un exemple que je puis vous conter.