Et alors le seigneur eut grand'peur que sa femme ne devint aussi horrible à force de filer, il jeta au feu quenouille et fuseau. Si la paresseuse en fut fâchée, je le laisse à deviner à celles qui lui ressemblent, j'en passe par leur jugement.

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«Je vois avec plaisir, dis-je à mon conteur, qu'en Dalmatie les femmes réussissent sans peine et sans esprit.

—Pas du tout, s'écria mon insupportable conteur, il n'y a pas de pays au monde où les femmes soient tout à la fois plus fines et plus sages. Ne savez-vous donc pas comment la fille d'un mendiant épousa l'empereur d'Allemagne, et, tout empereur qu'il fût, se montra plus habile et meilleure que lui?

—Encore un conte! m'écriai-je.

—Non pas un conte, reprit-il, mais une histoire; vous la trouverez dans tous les livres qui disent la vérité».

De la demoiselle qui était plus avisée que l'empereur

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Il y avait une fois un pauvre homme qui vivait dans une cabane; il n'avait avec lui qu'une fille, mais elle était très avisée; elle allait partout chercher des aumônes, et apprenait aussi à son père à parler avec sagesse et à obtenir ce qu'il lui fallait. Un jour il advint que le pauvre homme alla vers l'empereur et le pria de lui donner quelque chose. L'empereur, surpris de la façon dont parlait ce mendiant, lui demanda qui il était et qui lui avait appris à s'exprimer de la sorte.

«C'est ma fille, répondit-il.