—Et ta fille, qui donc l'a instruite?» demanda l'empereur.
A quoi le pauvre homme répondit:
«C'est Dieu qui l'a instruite ainsi que notre extrême misère.»
Alors l'empereur lui donna trente oeufs et lui dit:
«Porte ces oeufs à ta fille et dis-lui qu'elle m'en fasse éclore des petits poulets; si elle ne les fait pas éclore, mal lui en adviendra.»
Le pauvre homme rentra tout en pleurant dans sa cabane et conta la chose à sa fille. La fille reconnut de suite que les oeufs étaient cuits; mais elle dit à son père d'aller se reposer et qu'elle aurait soin de tout. Le père suivit le conseil de sa fille et se mit à dormir; pour elle, prenant une marmite, elle l'emplit d'eau et de fèves et la mit sur le feu; le lendemain quand les fèves furent bouillies, elle appela son père, et lui dit de prendre une charrue et des boeufs et d'aller labourer le long de la route où devait passer l'empereur.
«Et, ajouta-t-elle, quand tu verras l'empereur, prends des fèves, sème-les et dis bien haut: «Allons, mes boeufs, que Dieu me protège et fasse pousser mes fèves bouillies!» Et si l'empereur te demande comment il est possible de faire pousser des fèves bouillies, réponds-lui: «Cela est aussi aisé que de faire sortir un poulet d'un oeuf dur.»
[Illustration]
Le pauvre homme fit ce que voulait sa fille; il sortit, il laboura et, quand il vit l'empereur, il se mit à crier:
«Allons, mes boeufs, que Dieu me protège et fasse pousser mes fèves bouillies!»