Le fermier dit alors à sa femme:
—Écoute maintenant ce qui m'est arrivé, tu verras si j'ai payé trop cher mes trois avis.
Il lui conta toute l'histoire; et, comme le pauvre marchand fut pendu, quoi qu'il pût faire, le fermier se trouva l'héritier de cet imprudent. Devenu riche, il répétait tous les jours qu'on ne paye jamais trop cher un bon conseil, et, pour la première fois, sa femme était de son avis.
IX
LES TROIS HISTOIRES DU DALMATE
—Seigneur Dalmate, lui dis-je quand il eut fini son histoire, voilà sans doute un beau conte, mais ce n'est pas le Destin qui a fait la fortune de ce sage fermier, c'est le calcul, la raison. Votre second récit détruit le premier, et fort heureusement, car il serait triste que les paresseux fissent fortune, et que les gens actifs qui sèment le grain ne récoltassent que le vent.
—Les paresseux réussissent quelquefois, me répondit-il gravement; j'en sais an exemple que je puis vous conter.
—Vous avez donc des contes sur toutes choses? m'écriai-je.
—Contes et chansons, c'est toute la vie, me répondit-il froidement.