Le pauvre homme rentra tout pleurant dans sa cabane et conta la chose à sa fille. La fille reconnut de suite que les oeufs étaient cuits; mais elle dit à son père d'aller se reposer et qu'elle aurait soin de tout. Le père suivit le conseil de sa fille et se mit à dormir; pour elle, prenant une marmite, elle l'emplit d'eau et de fèves et la mit sur le feu; le lendemain, quand les fèves furent bouillies, elle appela son père, lui dit de prendre une charrue et des boeufs et d'aller labourer le long de la route où devait passer l'Empereur:
—Et, ajouta-t-elle, quand tu verras l'Empereur, prends des fèves, sème-les et dis bien haut: «Allons, mes boeufs, que Dieu me protège à fasse pousser mes fèves bouillies!» Et si l'Empereur te demande comment il est possible de faire pousser des fèves bouillies, réponds-lui:—Cela est aussi aisé que de faire sortir un poulet d'un oeuf dur.
Le pauvre homme fit ce que voulait sa fille; il sortit, il laboura, et, quand il vit l'Empereur, il se mit à crier:
—Allons, mes boeufs, que Dieu me protège et fasse pousser mes fèves bouillies!
Dès que l'Empereur entendit ces mots, il s'arrêta sur la route et dit aussitôt:
—Pauvre fou, comment est-il possible de faire pousser des fèves bouillies?
Et le pauvre homme répondit:
—Gracieux Empereur, cela est aussi aisé que de faire sortir un poulet d'un oeuf dur.
L'Empereur devina que c'était la fille qui avait poussé le père à agir de la sorte; il dit à ses valets de prendre le pauvre homme et de l'amener devant lui; puis il lui remit un petit paquet de chanvre et dit:
—Prends cela, tu m'en feras des voiles, des cordages, et tout ce dont on a besoin pour un vaisseau, sinon je te ferai trancher la tête.