C'est de cette façon qu'il lui répondit, et jamais, depuis, la dame n'a demandé à son époux pourquoi il avait ri.

CONCLUSION

Telle fut la dernière histoire du Dalmate; ce fut aussi la dernière de celles que, ce jour-là, me conta le capitaine. Le lendemain, il y en eut d'autres, et d'autres encore le surlendemain. Le marin avait raison, sa bibliothèque était inépuisable, sa mémoire ne se troublait jamais, sa parole ne s'arrêtait pas; mais à toujours conter on ennuie le lecteur, d'ailleurs il faut garder quelque chose pour l'année prochaine. Peut-être alors, retrouverons-nous le capitaine, et demanderons-nous des leçons à sa douce sagesse.

En attendant, chers lecteurs, je me sépare de vous avec les adieux que m'adressait chaque jour l'excellent marin: «Mon ami, sois sage, obéis à ta mère, fais bien tes devoirs, afin que demain on te permette d'entendre mes contes; le plaisir n'est bon qu'après la peine: celui-là seul s'amuse qui a bien travaillé. Et maintenant, ajoutait-il en me prenant la main, je te recommande à Dieu.»

Adieu donc, amis lecteurs, comme disent nos vieux livres, adieu, amies lectrices; puisse la sagesse du capitaine Jean vous profiter assez pour rendre chacun de vous aussi bon et aussi laborieux que son père; aussi doux et aussi aimable que sa mère; c'est le dernier voeu de votre vieil ami.

LE CHATEAU DE LA VIE

I

Il y a quelques années que, me trouvant à Capri, la plus charmante des îles du golfe de Naples, par une de ces belles journées d'automne, qui sont pleines de calme et de lumière, j'eus le désir de me rendre en bateau à Paestum, en m'arrêtant à Amalfi et à Salerne. La chose était aisée; il y avait sur la plage des pêcheurs qui retournaient à terre et ne demandaient pas mieux que de prendre avec eux l'étranger. En entrant dans la barque, j'y trouvai quatre marins de bonne mine, bras nerveux, visages bronzés par le soleil, et au milieu d'eux une petite fille de huit ou dix ans, à la taille forte et cambrée, à la figure colorée, aux yeux noirs et vifs, qui tour à tour commandait ou priait l'équipage avec la majesté d'une Italienne ou la grâce d'un enfant. C'était la fille du patron; je n'en pus douter au fier sourire avec lequel il me la montra quand j'entrai dans le bateau. Une fois en mer, et chacun à la rame, comme je me trouvais seul à ne rien faire dans la barque, je pris l'enfant sur mes genoux pour causer avec elle et entendre de ses lèvres mignonnes ce patois napolitain qui sonne si doucement à l'oreille.

—Parlez-lui, Excellence, me cria le patron d'un air triomphant; ne craignez pas non plus d'écouter la marchesina; si petite qu'elle soit, elle est déjà savante comme un chanoine. Quand vous voudrez, elle vous dira l'histoire du roi de Starza Longa, qui marie sa fille à un serpent, ou celle de Vardiello, à qui sa sottise procure la fortune. Aimez-vous mieux la Biche enchantée, ou l'Ogre qui donne à Antuono de Maregliano le bâton qui fait son devoir, ou le Château de la Vie…?

—Va pour le Château de la Vie! m'écriai-je, afin d'interrompre un défilé de contes aussi nombreux que les grains d'un chapelet.