—Soit, dit la reine, mais n'y revenez plus. J'en mourrais de frayeur.
—Et, moi, je ne pardonne pas, dit le roi, fort vexé que la reine se permît d'être clémente sans consulter son seigneur et maître. Écoute-moi, triple fripon. Si, demain soir, tu n'as pas volé la reine elle-même, dans son château, demain soir tu seras pendu.
—Majesté, s'écrie le petit homme, faites-moi pendre tout de suite, vous m'épargnerez vingt-quatre heures d'angoisses. Comment voulez-vous que je vienne à bout d'une pareille entreprise? Il serait plus aisé de prendre la lune avec les dents.
—C'est ton affaire et non la mienne, reprit le roi. En attendant, je vais faire dresser le gibet.
Le petit homme sortit désespéré: il cachait sa tête dans ses deux mains et sanglotait à fendre le coeur; le roi riait pour la première fois.
Vers la brume, un saint homme de capucin, le chapelet à la main, la besace sur le dos, vint, suivant l'usage, quêter au château pour son couvent. Quand la reine lui eut donné son aumône:
—Madame, dit le capucin, Dieu reconnaîtra tant de charité. Demain, vous le savez, on pendra dans le château un malheureux bien coupable sans doute.
—Hélas! dit la reine, je lui pardonne de grand coeur, et j'aurais voulu lui sauver la vie.
—Cela ne se peut pas, dit le moine; mais cet homme, qui est une espèce de sorcier, peut vous faire un grand cadeau avant de mourir. Je sais qu'il possède trois secrets merveilleux dont un seul vaut un royaume. De ces trois secrets il peut en léguer un à celle qui a eu pitié de lui.
—Quels sont ces secrets? demanda la reine.