—Cela est fâcheux, dit le moine. Je vois qu'il vous faut renoncer à ce trésor sans pareil. Il serait doux cependant de ne pas vieillir et de rester toujours jeune, belle et, surtout, aimée.

—Hélas! mon Père, vous avez bien raison; la défense du roi est une suprême injustice. Mais, quand je voudrais sortir, les gardes s'y opposeraient. N'ayez pas l'air étonné; voilà de quelle façon le roi me traite dans ses caprices. Je suis la plus malheureuse des femmes.

—J'en ai le coeur navré, dit le capucin. Quelle tyrannie! Quelle barbarie! Pauvre femme! Eh bien! non, Madame, vous ne devez pas céder à de pareilles exigences; votre devoir est de faire votre volonté.

—Et le moyen? dit la reine.

—Il en est un si vous avez le sentiment de vos droits. Entrez dans ce sac; je vous ferai sortir du château, au risque de ma vie. Et dans cinquante ans quand vous serez aussi belle et aussi fraîche qu'aujourd'hui, vous vous applaudirez encore d'avoir bravé votre tyran.

—Soit! dit la reine, mais ce n'est point un piège que l'on me tend?

—Madame, dit le saint homme en levant les bras et en se frappant la poitrine, aussi vrai que je suis un moine, vous n'avez rien à craindre de ce côté. D'ailleurs, tant que ce malheureux sera près de vous, j'y resterai.

—Et vous me ramènerez au château?

—Je le jure.

—Et avec le secret? ajouta la reine.