—Sire, dit un des gardes, ce drôle a eu l'audace d'entrer dans la cour du château, malgré la défense royale. Nous l'aurions pendu de suite pour ne pas troubler le souper de Votre Majesté, mais il prétend qu'il a un message de la reine, et qu'il est porteur d'un secret d'État.
—La reine! s'écria le roi tout ébahi, où est-elle? Misérable, qu'en as-tu fait?
—Je l'ai volée, dit froidement le petit homme.
—Et comment cela? dit le roi.
—Sire, le capucin qui avait un si gros sac sur le dos et à qui Votre
Majesté a daigné dire: «Emporte tout, et bon débarras!…»
—C'était toi! dit le prince; mais alors, misérable, il n'y a plus de sûreté pour moi. Un de ces jours tu me prendras, moi et mon royaume par-dessus le marché.
—Sire, je viens vous demander davantage.
—Tu me fais peur, dit le roi. Qui donc es-tu? Un sorcier ou le diable en personne?
—Non, sire, je suis simplement le prince de Holar. Vous avez une fille à marier, je venais vous demander sa main, quand le mauvais temps m'a forcé de me réfugier, avec mon grand-écuyer, chez le curé de Skalholt. C'est là que le hasard a jeté sur ma route un paysan imbécile et m'a fait jouer le rôle que vous savez. Du reste, tout ce que j'ai fait n'a été que pour obéir et plaire à Votre Majesté.
—Fort bien! dit le roi. Je comprends, ou plutôt je ne comprends pas; il n'importe! Prince de Holar, j'aime mieux vous avoir pour gendre que pour voisin. Dès que la reine sera venue…