—Est-ce possible? reprit Mistigris d'un air étonné. Quoi! vous ne voyez pas ce palais de marbre qui brille au soleil, et ce grand escalier, tout garni d'orangers, qui par cent marches descend majestueusement au bord de la mer?
—Un palais? dit Aléli. Pour être entourée de courtisans, d'égoïstes et de valets, je n'en veux pas. Fuyons.
—Oui, dit Zerbin, une chaumière vaut mieux; on y est plus tranquille.
—Ce palais-là ne ressemble à aucun autre, s'écria Mistigris, chez qui la peur excitait l'imagination. Dans cette demeure féerique il n'y a ni courtisans ni valets; on est servi de façon invisible; on est tout à la fois seul et entouré! Les meubles ont des mains, les murs ont des oreilles.
—Ont-ils une langue? dit Zerbin.
—Oui, reprit Mistigris; ils parlent et disent tout, mais ils se taisent quand on veut.
—Eh bien! dit le bûcheron, ils ont plus d'esprit que toi. Je voudrais bien avoir un château comme ça. Où est-il donc, ce beau palais? Je ne le vois pas.
—Il est là devant vous, mon ami, dit la princesse.
Le vaisseau avait couru vers la terre, et déjà on jetait l'ancre dans un port où l'eau était assez profonde pour qu'on pût aborder à quai. Le port était à demi entouré par un grand escalier en fer à cheval; au-dessus de l'escalier, sur une plate-forme immense et qui dominait la mer, s'élevait le plus riant palais qu'on ait jamais rêvé.
Les trois amis montèrent gaiement; Mistigris allait en tête, tout en soufflant à chaque marche. Arrivé à la grille du château, il voulut sonner; pas de cloche; il appela: ce fut la Grille elle-même qui répondit.