—Que veux-tu? demanda l'abeille.

—Rien, rien, reprit la fille de Cecco, je n'ai besoin de toi qu'auprès de Perlino.

Elle se remit en route, le coeur plus léger; au bout d'un quart d'heure, elle entendit un petit cri: c'était une souris blanche qu'un hérisson avait blessée et qui ne s'était sauvée de son ennemi que tout en sang et à demi morte. Violette eut pitié de la pauvre bête. Si pressée qu'elle fût, elle s'arrêta pour lui laver ses blessures et lui donner une des caroubes qu'elle avait gardées pour son déjeuner.

—Violette, lui dit la souris, tu n'as pas obligé une ingrate. Je sais où tu vas. Mets-moi dans ta poche avec le reste de tes caroubes. Si jamais tu as besoin de moi, dis seulement: Tricchè varlacchè, habits dorés, coeurs de laquais; peut-être pourrai-je te servir.

Violette glissa la souris dans sa poche pour qu'elle y pût grignoter tout à l'aise, et continua de remonter le torrent. Vers la brume, elle approchait de la montagne, quand, tout à coup, du haut d'un grand chêne, tomba à ses pieds un écureuil, poursuivi par un horrible chat-huant. La fille de Cecco n'était pas peureuse, elle frappa le hibou avec sa zampogne, et le mit en fuite; puis, elle ramassa l'écureuil, plus étourdi que blessé de sa chute; à force de soins, elle le ranima.

—Violette, lui dit l'écureuil, tu n'as pas obligé un ingrat: je sais où tu vas. Mets-moi sur ton épaule, et cueille-moi des noisettes pour que je ne laisse pas mes dents s'allonger. Si jamais tu as besoin de moi, dis seulement: Patati, patata, regarde bien et tu verras; peut-être pourrai-je te servir.

Violette fut un peu étonnée de ces trois rencontres; elle ne comptait guère sur cette reconnaissance en paroles; que pouvaient faire pour elle de si faibles amis? Qu'importe! pensa-t-elle, le bien est toujours le bien. Advienne que pourra: j'ai eu pitié des malheureux.

A ce moment la lune sortit d'un nuage, et sa blanche lumière éclaira le vieux château des Écus-Sonnants.

VII

LE CHATEAU DES ÉCUS-SONNANTS