—Eh bien, la mère, êtes-vous contente? lui dis-je quand tous nos préparatifs furent achevés.

—Oui, mon fils, me dit-elle, tu es un bon garçon, je veux te récompenser. Donne-moi ta main.

Elle me prit la main, la retourna, et se mit à en suivre toutes les lignes, comme si elle allait me dire la bonne aventure.

—Assez, la mère! lui dis-je en retirant ma main, je suis chrétien, je ne crois pas à tout cela.

—Tu as tort, mon fils, je t'en aurais dit bien long; car, si pauvre et si vieille que je sois, je suis d'un peuple qui sait tout. Nous autres gitanos, nous entendons des voix qui vous échappent; nous parlons avec les animaux de la terre, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer.

—Alors, lui dis-je en riant, vous savez l'histoire et les malheurs de ce poulet que j'ai plumé?

—Non, dit la vieille, je ne me suis pas souciée de l'écouter; mais, si tu veux, je te conterai l'histoire de son frère; tu y verras que tôt ou tard on est puni par où on a péché, et que jamais un ingrat n'échappe au châtiment.

Elle me dit ces derniers mots d'une voix si sombre, que je tressaillis; puis elle commença le conte que voici.

III

HISTOIRE DE COQUERICO[1]