—As-tu eu pitié de moi quand je t'implorais, ingrat? répondit le feu qui pétillait de colère; et d'un jet de flamme il fit de Coquerico un charbon.

Quand le suisse aperçut son rôti dans ce triste état, il tira le poulet par la patte et le jeta par la fenêtre. Le vent l'emporta sur un tas de fumier.

—O vent! murmura Coquerico qui respirait encore, zéphir bienfaisant, souffle protecteur, me voici revenu de mes vaines folies; laisse-moi reposer sur le fumier paternel.

—Te reposer! rugit le vent. Attends, je vais t'apprendre comme je traite les ingrats. Et d'un souffle il l'envoya si haut dans l'air, que Coquerico, en retombant, s'embrocha sur le haut d'un clocher.

—C'est là que l'attendait saint Pierre. De sa propre main, le saint cloua Coquerico sur le plus haut clocher de Rome. On le montre encore aux voyageurs. Si haut placé qu'il soit, chacun le méprise parce qu'il tourne au moindre vent. Il est noir, sec, déplumé, battu par la pluie; il ne s'appelle plus Coquerico, mais Girouette; c'est ainsi qu'il paye et payera éternellement sa désobéissance à sa mère, sa vanité, son insolence, et surtout sa méchanceté.

IV

LA BOHÉMIENNE

Quand la vieille eut achevé son conte, elle porta le souper au second et à ses amis; je l'aidai dans cette besogne, et pour ma part je plaçai sur la table deux grandes peaux de chèvre toutes pleines de vin; après quoi, je retournai à la cuisine avec la bohémienne, ce fut notre tour de manger.

Il y avait déjà quelque temps que notre repas était achevé, je causais amicalement avec ma vieille hôtesse, quand tout à coup on entendit du bruit, des imprécations, des jurements dans la salle du souper. Le second sortit bientôt; il avait à la main la hache qu'il portait d'ordinaire à la ceinture, il en menaçait ses compagnons de table, qui tous tenaient leur couteau à demi caché dans la main. On se querellait pour les comptes, car un des contrebandiers tenait un sac plein de piastres qu'il refusait de livrer; l'intérêt et l'ivresse empêchaient qu'on ne s'entendît.

Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'on venait chercher la vieille pour trancher la question. Elle avait sur ces hommes une grande autorité qu'elle devait sans doute à sa réputation de sorcière; on la méprisait, mais on en avait peur. La bohémienne écouta tous ces cris qui se croisaient, puis elle compta sur ses doigts ballots et piastres, et enfin donna tort au second.