Deux jours après cet événement, un de nos Arabes mourut de ses blessures, et ses camarades l'ensevelirent dans la mer, en présidant à cette cérémonie par des formes graves et mystiques.
Le corps du trépassé fut soigneusement lavé; sa bouche, ses narines, ses oreilles et ses yeux remplis de coton saturé de camphre, avec lequel son corps avait été également imbibé.
Les articulations de ses jambes et celles de ses bras furent brisées et resserrées les unes contre les autres, à la façon des momies égyptiennes; puis, avec un boulet de douze livres attaché aux extrémités, ce cadavre mutilé fut jeté dans l'Océan.
Je demandai aux Arabes pour quelles raisons ils avaient cassé les jointures du mort.
Leur réponse fut que c'était pour l'empêcher de suivre le vaisseau; «car, ajoutèrent-ils, si nous avions négligé ce devoir sacré, le corps flotterait sur les eaux, et l'esprit du mort nous poursuivrait éternellement.»
Heureusement pour nous, les Malais n'avaient pas empoisonné leurs lances, car nos hommes se rétablirent bientôt, à l'exception du pauvre garçon suédois, dont la blessure était tellement grave, que si de Ruyter n'avait pas possédé quelques notions médicales, nous aurions eu à déplorer sa perte.
De Ruyter l'installa dans sa propre cabine, et nous le soignâmes avec toute l'attention possible, cherchant à éviter pour lui une horrible opération que le chirurgien du grab démontrait comme indispensable.
Van Scolpvelt, notre Esculape, avait été engagé à bord d'un east Judiaman hollandais, dans lequel il avait été employé comme aide-chirurgien; il y vieillit, espérant voir arriver le jour où il lui serait possible d'exercer ses grandes capacités de découpeur de chair. Mais rien n'était capable de remuer le courage boueux de ces bourgeois hollandais, dont l'antipathie contre la poudre était aussi forte que celle des quakers; de sorte que Van Scolpvelt s'attrista de manquer d'exercice et que les instruments de son métier se rouillèrent dans leurs boîtes. Tout le travail qu'il avait à faire à bord de l'east Judiaman consistait en celui de donner un enseto catharticus, un enoma ou simple déjection aux Hollandais ventrus, lorsque leur gloutonnerie avait dérangé les fonctions gastriques.