—Ah! vous êtes jeune et entêté. Tous les hommes doivent savoir comment on applique un tourniquet, car si ce n'est pas fait avec promptitude, je perds mon patient et le blessé meurt.
Appelé à l'arrière par le rais, je quittai le docteur, qui se dirigea vers de Ruyter en le suppliant de se laisser enseigner comment il fallait mettre les doubles bandages et les bandages en travers. De Ruyter accueillit avec brusquerie la prière du docteur, qui descendit en murmurant:
—Le manque de sommeil crée la fièvre, la fièvre enfante le délire, et le délire amène la folie.
Quelques instants après, Van Scolpvelt fit une seconde apparition sur le tillac, une bouteille et un verre à la main. Il supplia de Ruyter, il m'engagea, il invita l'équipage à prendre un verre de son eau, en disant:
—C'est un breuvage rafraîchissant; il calme la chaleur du corps, il est même plus doux dans ses effets et plus utile que le sommeil.
De Ruyter, qui voulait réparer l'emportement de sa rebuffade, prit un verre de cette eau, en nous assurant que nous pouvions sans danger satisfaire la fantaisie du docteur, parce que son breuvage n'était que de l'acide nitrique et de la soude.
En voyant de Ruyter si docile à suivre ses conseils, Van Scolpvelt tira de nouveau de sa poche quelques brasses de bandages; mais, à la vue de l'énorme ruban qui se déroulait entre les mains frémissantes du chirurgien, de Ruyter se sauva en criant.
Alors le docteur s'attaqua à moi, mais je pris la fuite. À défaut d'auditeurs et de commentateurs sérieux, il se rejeta sur l'équipage; mais celui-ci repoussa insensiblement tous les efforts de cette verbeuse éloquence, qui tendaient à lui faire ingurgiter la précieuse composition.
Désespéré de l'insuccès de ses tentatives, le docteur absorba furieusement un grand verre de son eau, et il aurait infailliblement vidé la bouteille, s'il n'avait songé que, se trouvant sans moyens de défense, les malades lui en épargneraient la peine; en conséquence, il se précipita à travers les écoutilles dans la salle de ses triomphes.
J'attendais le jour avec anxiété, car j'étais harassé de fatigue. Habitués à de pareilles scènes, les vieux marins dormaient profondément, couchés à leur poste, tandis que de Ruyter marchait sur le pont avec un télescope de nuit dans les mains.