À la première et soudaine lueur du jour, nous fûmes très-étonnés de voir la frégate amarrée à trois milles de nous. Elle était stationnée près de la terre, et sa carène nous était cachée par de hauts rochers qui s'avançaient dans la mer. Ces rochers nous avaient empêchés de la voir pendant la nuit.
Les yeux vifs et perçants de de Ruyter découvrirent la frégate avant que celle-ci nous eût aperçus.
Notre câble fut vivement coupé, et le grab mit à la voile avec la rapidité de l'éclair.
La frégate nous suivit bientôt; mais elle avait à naviguer autour d'un sombre rocher de corail, qui était semblable à un énorme crocodile.
Les sinuosités qu'elle eut à suivre, en ralentissant sa marche, nous permirent d'avancer considérablement.
Nous allégeâmes de nouveau le grab, en jetant à la mer toutes les inutilités et du lest; mais, craignant d'être obligé de mettre en panne, de Ruyter disposa sérieusement les préparatifs du combat.
La brise était tombée, et à dix heures la frégate se trouvait à quatre milles de nous et commençait à préparer ses bateaux. Aidés par un peu de vent, et avec une peine infinie, nous réussîmes à continuer notre course. En voyant notre fuite, la frégate envoya sept bateaux à notre poursuite.
—Il n'y a pas d'espérance de vent jusqu'à ce soir, dit de Ruyter, et des efforts surhumains n'empêcheraient pas les bateaux de la frégate de gagner sur nous d'ici à trois ou quatre heures.
Après un instant de silence pensif, le beau front de de Ruyter devint sombre, et son regard ferme et sans peur parut attristé.
—Trelawnay, me dit-il en m'attirant à lui, voyez-vous là-bas ce rocher, celui qui s'avance hardiment dans la mer? il est blanchi par le soleil et possède des cavernes creusées par le temps. Il n'y a point de végétation dans les fentes de son granit, non plus que dans son entourage; il reste là comme une sentinelle surveillante de l'île. Vous remarquerez par la couleur et par la tranquillité de l'eau qu'elle est très-profonde de ce côté, et vous voyez une longue ligne semblable à un banc de poissons, s'étendant aux alentours en forme de croissant: c'est un sillon de corail blanc dont l'île abonde.