Quand les bateaux furent tous réunis, nous vîmes qu'ils tenaient conseil. À la fin d'une courte séance, ils se divisèrent en deux parties et avancèrent le long du cap; peu effrayés de notre défense, ils répondaient à chaque coup de canon par ce cri: «Courage!» en hâtant leur course vers nous.
—Regardez, de Ruyter, dis-je à mon ami peut-être avec un peu d'exaltation; regardez quel courage héroïque! Un des bateaux, atteint par un boulet, coule à fond, et les autres ne s'arrêtent même pas pour ramasser les hommes! Ils étouffent leurs souffrances et le désespoir de leurs pertes sous des acclamations aussi joyeuses que s'ils se réjouissaient au milieu d'un festin.
De Ruyter me répondit froidement:
—Butin, promotion, habitude font beaucoup. Maintenant donnons-leur une volée de balles: il faut que nous estropiions les chefs.
J'étais placé à l'avant du vaisseau, et presque tous les Européens étaient placés sous mon autorité. Après m'avoir donné les derniers ordres, de Ruyter se mit à l'arrière, entouré de ses Arabes, sur lesquels il avait une grande influence.
Un autre bateau chavira, et les pertes des Anglais devenaient évidemment si effrayantes, que nous les entendions s'appeler audacieux! Ils l'étaient certainement, et nous les vîmes délibérer avec attention sur la manière qu'il fallait employer pour avancer avec plus de vitesse; quant à reculer, ce mot n'était pas connu parmi des hommes que le succès avait rendus présomptueux.
Le plus lourd de leurs bateaux avait une caronade de dix-huit livres; il était rempli de matelots, et il s'avança à l'attaque avec sa barge. J'entendis l'ordre de give way, my luds! (avançons, mes garçons!) et, protégés par un feu bien nourri qui porta quelques dommages sur notre bord, ils s'approchèrent rapidement. Nos ennemis avaient supporté une fatigue énorme, et l'atmosphère était chargée d'un air aussi brûlant que celui qui sort de la bouche d'un fourneau. Il était évident qu'ils ne s'étaient attendus ni à une aussi chaleureuse réception ni à un combat aussi inégal. Le désespoir de leur bravoure caractéristique semblait seul les exciter à continuer.
Cinq bateaux de leur petite escadre vinrent côte à côte de nous, et nous fûmes forcés de repousser leurs attaques à l'aide de nos lances et de nos petites armes. Cependant quelques-uns des plus actifs grimpaient dans nos chaînes, et, quoique toujours repoussés, ils renouvelaient leurs tentatives pour gagner le bord. Pendant que nous étions tous occupés à soutenir le feu de l'avant, la barge passa à travers la proue; une brise et une légère houle tournèrent la proue du grab vers la terre, et plusieurs Anglais se précipitèrent sur le tillac. Cette action imprévue captiva notre attention, et de petites bandes en profitèrent pour aborder à l'arrière.
J'aperçus un lascar dont j'avais, quelques minutes auparavant, tancé la poltronnerie, qui se glissait vers l'écoutille. Toutes étaient fermées, à l'exception de la principale, sous laquelle le docteur devait recevoir les blessés, et de Ruyter, qui se méfiait du courage des matelots de Bombay, avait ordonné à Van Scolpvelt de ne permettre à personne (à l'exception des blessés et des porteurs de poudre) de descendre ou de monter.
—Docteur, avait ajouté de Ruyter en riant, coupez les jambes des lâches qui déserteront leur quartier.