XLI

Je pris à la hâte le soin recommandé par de Ruyter, et, suivi de mes hommes, je grimpai lestement sur la colline sablonneuse, dont une des principales huttes renfermait les prisonniers des Marratti.

Un horrible spectacle se présenta à mes regards.

Les malheureux prisonniers étaient couchés par terre, enchaînés les uns aux autres, bâillonnés, pieds et mains liés, et une troupe immonde de vieilles femmes, accroupies sur ces corps sans défense, les massacraient en poussant d'effroyables cris de triomphe. Mes hommes tombèrent comme la foudre sur ces odieuses sorcières, qui furent bientôt jetées sans vie en dehors de la hutte.

Nous détachâmes les prisonniers, et, après leur avoir donné les premiers secours, j'aperçus, dans un coin reculé de la vaste et sombre pièce qu'ils occupaient, un pauvre Arabe attaché à un court poteau enfoncé dans la terre. Le corps de cet homme, vieux et faible, était couvert de coups de poignard; il nageait dans une mare de sang. Quoique enchaîné, impuissant et presque sans vie, le vieillard semblait ne pas sentir ses douleurs; son regard brillant et fier avait encore une suprême puissance. Je m'approchai vivement de lui, et, avec une surprise pleine d'horreur, j'aperçus une vieille femme couchée auprès du moribond, un couteau à la main, et hachant sa victime à l'aide de faibles coups; à la droite du vieillard, une toute jeune fille, presque nue, criait avec un accent intraduisible de souffrance et de terreur.

—Mon père, mon père, laissez-moi me lever!

Mais l'Arabe retenait l'enfant, dont il cachait la poitrine sous la forte pression d'un de ses bras, cherchant à la soustraire au démon qui se cramponnait si cruellement à lui.

Je bondis comme un tigre sur la vieille Hécate, et, la saisissant par la ceinture de drap qui entourait ses reins, j'envoyai sur le sable de la rue sa carcasse flétrie. La violence de la chute la fit rester immobile, et, comme un crapaud écrasé, elle mourut sans jeter une plainte.

Cette scène me montra la cruauté sous sa forme la plus hideuse et la plus diabolique; elle me remplit le cœur d'épouvante et de pitié.

J'ordonnai à un de mes hommes de détacher le vieillard, et je m'occupai de la jeune fille.