»—Nous voudrions parler aux hommes blancs.
»Un vieillard, qui était un ami de mon père, dit:
»—Non, il ne faut pas parler aux blancs: leurs paroles sont blanches comme le matin, mais leurs actions sont noires comme la nuit; il est inutile de les entendre: il faut les tuer, voilà tout.
»Après un long entretien, l'assemblée se rendit aux conseils du sage vieillard. On arma de grands canots de guerre, et pendant la nuit cette petite armée traversa l'eau pour aller surprendre et attaquer les blancs. Il n'y avait pas de lune, pas d'étoiles, et la nuit était sombre.
»—J'aime la nuit sombre, dit le sage vieillard, parce que les blancs ont peur de l'obscurité, parce qu'ils n'aiment à se battre que sous les rayons du soleil. L'homme noir est un hibou qui voit pendant la nuit; mais eux, ils sont semblables aux coqs d'Inde sauvages, qui ne voient rien; leurs tonnerres ne frappent pas.
»Les hommes blancs étaient en réjouissance; car c'était le grand jour de leur bon esprit, et ils étaient tous ivres dans la maison des pauvres noirs. Quand nous ne les entendîmes plus chanter, nous descendîmes la montagne. Ils dormaient autour des débris d'un festin; nous les tuâmes tous.
»Mes amis prirent ce qu'ils trouvèrent, et ils me dirent adieu.
»Je souffrais de rester dans les lieux où était mort mon père. Je pris ma mère et mes sœurs avec moi, et nous allâmes de l'autre côté de l'eau, dans la première maison de mon père.
»Mon frère aîné parut très-chagrin de la mort de mon père, et nous fûmes bientôt de très-bons amis. Je travaillais pour tous, mais je travaillais seul; car mon frère s'absentait souvent, et il ne disait pas où il allait.
»Quatre lunes après la destruction des blancs qui avaient tué mon père, je me rendis à Nassi-Ibrahim pour voir le vieillard, car il était bon, et son âge commandait le respect. Quand je rentrai à la maison, je n'y trouvai personne, et cependant l'heure du repos était venue. Enfin, après de grandes recherches, je découvris mon frère couché dans le champ et presque mort de douleur.—Les Marratti, me dit-il d'une voix frémissante, sont venus; ils ont pris ta mère et mes sœurs, et comme la vieille mère les suppliait d'avoir pitié, et comme elle ne valait pas grand'chose, ils l'ont tuée. Maintenant, continua mon frère avec une poignante expression de souffrance répandue sur tous ses traits, faisons du feu pour brûler le corps de cette pauvre femme.