Sans attendre la réponse d'Aston, je me précipitai dans la grande ouverture à travers les écoutilles; je hâtai ma course le long du second pont, entièrement abandonné, et, saisissant une corde, je descendis, à travers la fumée, directement dans le magasin. L'obscurité y était plus profonde qu'elle ne peut l'être dans la plus profonde nuit, de sorte qu'au premier instant il me fut impossible de distinguer d'où sortait le feu. Je tâtai partout, et je sentis que mes mains et ma tête étaient atteintes par l'incendie; je pouvais à peine respirer la fumée qu'embrasait l'air. Enfin, en me heurtant contre un objet qui entrava ma marche, je sentis un corps humain, un homme mort ou ivre-mort, qui gisait au milieu de la pièce.

Le contre-maître canonnier était l'individu couché par terre. Sa pipe cassée dans sa bouche avait allumé (car tout abruti qu'il était, il fumait encore) des mèches qu'on tenait amorcées pour les canons. La négligence de cet ivrogne avait alimenté ce lent et étouffant brasier de plusieurs centaines de ces mèches; elles causaient donc l'effroyable fumée qui avait mis tout le vaisseau en révolution. Le seul danger qu'il y eût réellement était leur proximité de la poudre.

—Envoyez des hommes! criai-je.

À ce moment, Aston parut.

—Ne descendez pas, mon ami, envoyez-moi de l'eau, beaucoup d'eau, et dans quelques secondes tout sera fini.

Aston jeta sur moi le premier baquet d'eau, en disant:

—Vous êtes tout en feu!

Mes cheveux et ma chemise brûlaient. Cette aspersion saisissante, jointe à la fumée, me renversa, et je tombai sans mouvement aux pieds d'Aston qui était descendu. Il me remplaça.

L'air frais me rendit à la vie. L'incendie était éteint, la joie et le calme avaient reparu.

Le capitaine m'envoya l'ordre de monter sur le pont.