Quand je l'eus jeté presque sans connaissance à mes pieds, je lui dis:

—Pour les torts que tu as eus envers moi, j'ai pris une juste revanche; mais pour les souffrances dont tu as accablé Walter, il me faut ta vie!

Mon épée s'était brisée sur le dos du lieutenant, je lui arrachai la sienne.

Je l'eusse infailliblement tué, si une main plus forte que mon bras menaçant n'eût arrêté le coup mortel que j'allais porter.

—Ne le tuez pas, mon ami, dit derrière moi la voix grave de de Ruyter, prenez cette queue de billard, un bâton est une arme assez convenable pour châtier un lâche; ne souillez pas dans son ignoble sang l'acier de votre épée.

Je ne pus m'opposer à la volonté de de Ruyter, car il m'avait désarmé. Je saisis donc la queue de billard, et je frappai rudement le scélérat, qui poussait des hurlements épouvantables. Je ne m'arrêtai qu'après avoir vu que mes coups tombaient sur un homme mort ou sans connaissance.

Pendant le combat, de Ruyter avait placé des sentinelles à la porte afin de prévenir toute surprise; lorsqu'il vit mon ennemi vaincu, il leva la consigne. Alors un grand tumulte se fit entendre, et une foule compacte de noirs et de blancs se précipita dans la salle.


XVII

À la tête de cette bande, et à mon grand étonnement, j'aperçus mon ami Walter. Sa surprise fut aussi vive, aussi joyeuse que la scène qui se présentait à ses yeux était extraordinaire. L'homme qu'il haïssait le plus gisait à ses pieds. Walter le regarda avec une sorte de triomphe; ses lèvres frissonnèrent, et son visage passa d'un rouge ardent à une pâleur livide. Il leva les yeux vers moi, et me voyant tremblant et muet, un tronçon d'épée à la main, il comprit qu'il arrivait trop tard. Son regard, empreint de reconnaissance et de regret, rencontra celui de Ruyter.